Microsoft n'entend pas se laisser marcher dessus par Google. Ce lundi, l'éditeur de Windows et d'Office doit annoncer sa riposte à l'annonce-choc du 8 juillet où Google a révélé son intention de lancer un système d'exploitation entièrement nouveau. Chrome OS va déporter toutes les applications dans le "cloud", le nuage de l'internet. La guerre est lancée avec un enjeu majeur : lequel des deux dominera le marché des applications (unité de compte: le milliard d'ordinateurs) à partir de 2015.

Ceux qui connaissent la problématique sautent ce paragraphe. Actuellement, les applications que vous utilisez quotidiennement (mail, carnet d'adresses, navigateur internet, traitement de texte, tableur) sont résidentes sur le disque dur de votre ordinateur. Elles forment une "couche" logicielle superposée à l'operating system, autrefois appelé système d'exploitation aujourd'hui dénommé OS.

L'essentiel de ce marché (90%) est contrôlé par Microsoft qui a su tirer un immense profit des deux : avec Windows, il détient l'OS tandis qu'avec Office, les applications. Le tout lui garantit une "rente" de 100 à 200 dollars par an et par utilisateur. L'ennui est que ces deux monopoles sont comme les falaises d'Etretat: ils s'érodent et des pans significatifs tombent de temps à autres. Deux raisons à cela. En premier lieu, Windows est devenu une usine à gaz qui a peine à gérer l'hétérogénéité d'un parc aux combinaisons multiples (plus de détail dans cette chronique sur "L'heureux mariage du soft et du hard").

Seconde raison, la dernière version de l'OS de Microsoft intitulée Vista, fut un flop mondial avec des utilisateurs (particuliers, entreprises) qui achetaient une machine dotée de Windows Vista avant de revenir rapidement vers la version précédente jugée plus fiable. Windows 7 devrait corriger le tir, mais l'ambiance est à la suspicion légitime.

Enormes avantages

Ceux qui ont essayé (ou adopté) Google Docs ont une vision plus précise de l'avenir en matière d'informatique personnelle. Dans ce cas, l'OS est toujours sur le PC de l'utilisateur (Windows, Mac, Linux), tandis que les applications sont déportées sur l'internet auquel on accède via un navigateur (Internet Explorer, Firefox pour ne citer que les deux plus importants).

Enormes avantages: pas de plantage, pas de risque de pertes de données (celle-ci sont stockées sur plusieurs machines et dans des pays ou continents différents); peu de risque de voir son appli contaminée par un virus; certitude d'avoir toujours la dernière version, les dernières fonctionnalités du logiciel sans se soucier de mises à jour (ni besoin de sortir sa carte bleue); et si on travaille en collaboration avec d'autres (en entreprise par exemple), la certitude que chacun accède à la dernière version du document.

Pour plus de facilité, Google a ajouté une "strate" bien à lui qui permet de travailler hors connexion, les documents se synchronisant avec leur version stockée dans le "cloud" dès que le réseau est à nouveau disponible. Les applis sur le Web fonctionnent parfaitement, mais la partie asynchrone marche à peu près bien.

Schéma d'avenir

Ce schéma est probablement cela l'avenir de l'informatique. Spécialement pour Google dont la stratégie se caractérise par une vision à très long terme. Aujourd'hui, Google domine l'internet. Il détient la plus grande infrastructure (approximativement un million et demi de serveurs répartis dans le monde entier), un savoir-faire unique dans sa gestion, une cash-machine publicitaire que la crise écorne à peine, une capacité inégalée en matière de recherche et développement.

L'une des étapes clés dans la croissance de Google a été le lancement l'an dernier de son navigateur internet dénommé Chrome. Ce type de développement n'est pas anodin. Pour avoir une idée de la complexité de la tâche, on peut lire ce remarquable récit paru au début de l'année dans le Financial Times qui raconte comment Google s'est adjoint les services d'un jeune danois spécialiste des "machines virtuelles". Car ce que tout le monde a pris pour un navigateur internet modernisé, était en fait le prélude à l'operating system que Google entend développer à partir de son navigateur, le Chrome OS. Il ne s'agit cette fois plus d'un simple navigateur mais d'un système dont l'objectif clair est de remplacer la "couche" Windows (et les applications qui vont avec).

Chrome OS sera compatible avec plusieurs types d'ordinateurs, ceux fonctionnant sous les processeurs Intel (des accords ont été annoncés avec de grands constructeurs de PC) mais aussi les processeurs type ARM que l'ont trouve dans les "netbooks" aussi appelés ultra-portables lesquels constituent le principal marché en croissance dans l'informatique personnelle. Ce dernier élément est important car une grande partie de la stratégie de Google repose en fait sur des machines de petite taille -faibles capacité de stockage, processeurs pas trop rapide donc consommant peu d'énergie- et peu onéreuse, dont la complexité d'usage et de maintenance donc transférée à l'opérateur.

MOTO

Contrer Microsoft qui doit dévoiler ce lundi son "Microsoft Office in The Cloud" (MOTO) était donc essentiel pour Google. D'où l'annonce de la semaine dernière que les krémlinologues jugent un peu précipitée. En effet, une version présentable du Chrome OS ne sera pas disponible avant la fin de l'année pour les développeurs et les fabricants d'ordinateurs et les premières machines équipées de ce nouvel OS seront en vente au second semestre 2010. Dans le jargon technoïde, cela s'appelle du Vaporware. Mais cette vapeur-ci est à très haute température et met une forte pression sur le secteur.