Pas de quoi se relever la nuit. Fast-Flip, le nouveau service lancé ce lundi par Google, n'est qu'un habillage de son fameux Google News et ses 25.000 sources d'information compilées avec une hiérarchie et une froideur algorithmiques. Fast-Flip n'apporte pas grand chose de nouveau si c'est une visualisation des pages d'accueil de sites, ce qui revient en général à regarder une carte Michelin à vingt mètres. Mais on ne va pas se plaindre.

Renvois de clics

Après tout la totalité de la machine Google renvoie des tonnes de trafic aux sites partenaires -designés- au point de peser pour parfois plus de la moitié des audiences -et à elle seule, la part de Google News représente 10%/15%. Donc tout progrès aura un effet immédiat sur le les clics renvoyés vers les éditeurs en termes de pages vues, donc de monétisation de la publicité (pour ce qu'il en reste).

Telle une épiphanie, le moteur de recherche vient de réaliser ce que les éditeurs du monde entier lui répétaient depuis trois ans: si nos sites de médias disparaissent ou s'appauvrissent, c'est votre cash-flow qui va souffrir, donc nous ferions mieux de travailler ensemble à agrandir le gâteau. Cette révélation est aussi la conséquence d'une simple observation comptable. Selon le système de mesure Nielsen compilé par Business Insider, entre le premier semestre 2008 les le premier semestre 2009, les médias américains on vu leur ressources publicitaires fondre de 15%. Si l'on regarde par secteurs, les quotidiens nationaux perdent 23%, les magazines perdent 20%, la radio 8%, la télévision 7%. Et la chute ne cesse de s'accélérer. Dans la mesure où ces pertes interviennent après une année 2008 calamiteuse, il y a de quoi s'inquiéter.

Question d'image

Google peut en effet craindre une répercussion sur son chiffre d'affaires, mais plus encore un problème d'images : il risque d'être associé -de façon sans doute exagérée, mais l'Histoire fait rarement le détail- à l'effondrement d'un secteur entier.

Google a été servi par l'évolution du débat sur le financement de la presse en ligne. Pour faire court, le modèle de la gratuité avec du journalisme financé par la publicité, a du plomb dans l'aile. Sur le net, les volumes et les prix sont en baisse, avec de dangereux effets cliquets. A moins d'un décalage favorable entre l'offre et la demande (cas typique: une chaîne de télévision où le nombre de spots maximum est connu), dès lors qu'on s'adresse à des inventaires quasi-infinis comme les pages web, les prix n'ont pas tendance à remonter même en cas d'amélioration de la conjoncture. Ce constat a redonné de la vigueur à l'idée de faire payer les lecteurs sur le net.

Péage

On ne parle pas, bien sûr, d'installer un péage devant tous les contenus éditoriaux, mais simplement sur une partie d'entre eux. Ou encore trouver le moyen de faire payer les utilisateurs les plus intensifs. Question: comment faire? Quels systèmes de paiement faut-il inventer? Faut-il s'inspirer de ce que les compagnies aériennes ont réussi à monter, avec d'immenses plates-formes de réservation (les Sabre, Amadeus, et autres TravelPort) qui gèrent les offres de milliers de fournisseurs différentes proposant des millions de tarifs changeant à chaque minute? Comparé à des tels systèmes, organiser les paiements électroniques de journaux et quelques grands pure players de l'information en ligne s'apparente à du Lego.

D'où l'entrée en lice de Google qui a répondu à une proposition en vue d'un appel d'offres lancé par l'Association américaine des journaux (NAA). Google entend proposer un service complet: hébergement, paiement, avec la mise au service de la noble cause de l'information sa formidable infrastructure. Tout cela au prix coutant (non encore défini), plus proche de ce que prennent les consortiums de cartes de paiement (quelques pour cent) que de l'iTunes App Store (qui prélève 30%).

Pubs ultra-ciblées

L'intérêt pour Google? Les données bien sûr; non seulement celles des personnes qui vont s'abonner au service, mais surtout leurs comportements au fil des consultations. A tous, Google entend bien servir des publicités ultra ciblées qui seront combinées à d'autres services de la firme.

La presse américaine, dans la grande main musclée de Google? L'idée ne fait pas l'unanimité. D'autres alternatives vont voir le jour. La plus avancée est une entreprise spécialement crée pour la circonstance. Journalism Online a été lancée il y a quelques mois par Steven Brill, un entrepreneur chevronné des médias, et Gordon Crovitz, un ancien directeur de la publication du Wall Street Journal -qui a environ 1 million d'abonnés payant une centaine de dollars par an. Journalism Online propose de prendre une commission de 20% sur toutes les transactions qui passeront par lui.

En théorie, la proposition du tandem Brill/Crovitz est plus de nature à séduire les éditeurs américains qui vont se retrouver là dans un environnement "media", par opposition à Google qui a une culture fondée sur l'ingénierie. Mais la capacité du moteur de recherche à offrir ses services à un prix défiant toute concurrence risque de séduire une presse américaine aux abois.