Le résultat du match pour l'année 2008: Twitter: environ 1000% de croissance / Facebook: 110%. Menacé, Facebook? Pas en taille en tout cas. Le premier réseau social au monde compte 175 millions d'utilisateurs contre 55 millions pour le système de microblogging où l'on s'exprime par rafales de 140 caractères par message. Comme pour le reste, la taille n'est pas tout. Comptent aussi l'agilité et la longévité, dans le cas présent, économique. C'est là que les choses se compliquent pour Facebook. A cause de la récession, mais pas seulement.
La semaine dernière, Twitter a annoncé avoir levé 35 millions de dollars après de capitaux-risqueurs de la Silicon Valley. Luxe suprême, ce sont les financiers qui ont incité Twitter à se blinder en prévision d'une année difficile. Une situation exceptionnelle alors que le carburant financier de l'innovation technologique se raréfie.
Naturellement, fondateurs et investisseurs de Twitter en profitent pour frimer. "Nous avons des tonnes de cash, affirme l'un d'eux à Wired, suffisamment pour des années." Twitter fonctionne depuis 2004 sans générer un centime et il n'y a pas d'urgence pour trouver un business model. Dans l'intervalle, non seulement l'audience, mais le buzz autour de l'application s'envolent. En l'espace de quelques mois, Twitter s'est imposé comme un vecteur d'information live d'une efficacité redoutable, qu'il s'agisse des attentats de Mumbai, de l'intervention Israélienne à Gaza où tout récemment du crash d'un Airbus dans l'Hudson à New York, avec ce "tweet" mémorable "Il y a un avion dans l'Hudson. Je suis sur le ferry qui récupère les gens. Dingue". Avec une photo prise avec un téléphone portable. Le système fonctionne d'ailleurs dans les deux sens puisque CNN est un des plus gros fournisseurs de Tweets pour l'actualité chaude, avec un fil constant nourri par ses journalistes, suivi par quelques 190.000 personnes, uniquement pour le fil "breaking news". Selon la firme Hitwise spécialisée dans l'audience sur le net, 10% du trafic sortant de Twitter -les liens vers d'autres sites- vont vers des sites d'actualité.
Twitter est donc une machine sans équivalent sur l'internet: un effectif réduit (29 personnes) gère un trafic à la fois colossal (à suivre en direct sur le compteur Gigatweet) mais en même temps léger comme un gazouillis (un tweet) puisque limité aux 140 caractères adresses internet comprises (1).
Même s'il n'y a pas urgence, il conviendra tôt ou de s'interroger sur la façon de monétiser cette audience. Ce ne sont pas les idées qui manquent. Le site économique américain Alley Insider avait même lancé fin janvier un concours pour trouver le business model le plus crédible. Onze ont été sélectionnés, allant de partages de revenus sur des SMS, à des services dédiés aux entreprises en passant par des petites annonces. De quoi générer la petite dizaine de millions de dollars annuels dont a besoin le site de microblogging pour vivre.
Facebook et la ménagère de plus de 55 ans
Face au hors-bord Twitter, Facebook ressemble à un croiseur : 1000 membres d'équipage pour servir 175 millions d'utilisateurs dont 70% se trouvent en dehors des Etats-Unis. Coté finance, ce n'est pas Broadway. Facebook dément être à court de liquidité, encore moins être allé quêter de l'argent dans les émirats. Mais il est un fait qu'il brûle de l'argent à un rythme effréné (voir une précédente chronique La grosse facture de Facebook).
Il y a bien eu des opérations publicitaires navrantes comme celles pour le film Juno où de braves facebookeuses ont envoyé trois millions de tests de grossesse virtuels (le scénario du film reposait sur une grossesse non désirée). Mais ce genre de trouvaille ne suffit pas à couvrir des frais de l'ordre de 300 millions de dollars annuels. Et ce n'est pas fini car plus l'audience augmente (voir la courbe ici) plus la machine gagne en complexité. Les 660.000 développeurs répartis dans 180 pays envoient des applications au rythme de 140 nouvelles par jour, dont certaines ne sont pas d'une pureté cristalline cela signifie encore plus de monde pour gérer tout ce flux afin d'éviter le chaos (les ingénieurs de Facebook ont pour l'instant bien assuré).
Ce qui est tout aussi ennuyeux est que si Facebook n'a pas été en mesure de monétiser son audience jeune (moyenne actuelle: 26 ans), ce ne sont pas les nouveaux arrivants qui vont aider. En tout cas, sur le marché américain. Aujourd'hui, le segment d'audience a plus forte croissance sont les femmes de plus de 55 ans: +175% de croissance au cours des trois derniers mois, contre "seulement" +13% pour les 18-25 ans.
Heureusement, les pays émergents font un meilleur travail de renouvellement générationnel, c'est le cas de l'Argentine (+2000% en 2008) ou encore de l'Indonésie (+600%). Le problème est qu'un Facebookeur de Djakarta est bien moins intéressant publicitairement qu'un Européen ou un Américain (même vieux). Or, l'utilisateur de Facebook n'a pas le click facile sur les espaces publicitaires: 52% des adeptes du réseau social trouvent la publicité "irritante" ou "dérangeante", selon un sondage réalisé au Royaume-Uni.
La bataille économique est donc loin d'être gagnée pour Facebook. L'époque est loin (2007) où une injection de 240 millions de dollars par Microsoft avait donné au réseau social une valorisation implicite de 15 milliards de dollars. La semaine dernière Facebook a réglé un litige en payant partiellement en actions pour une valorisation quatre fois moindre. Le krach sur la valeur Facebook a déjà eu lieu, en somme.

















