"Pas terrible la vie de Robinson Crusoé"- Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’Analyse Economique et Professeur d'économie à l’université Paris-I (Panthéon-Sorbonne).
"L'échange permet d'abord de satisfaire de nombreux besoins qu'on ne peut pas satisfaire seul. Robinson Crusoé, seul sur son île, est bien embêté. L'échange permet au consommateur de satisfaire une demande de diversification de ses besoins.
De plus, l'échange sera mutuellement avantageux pour les parties. Même si les gains de chaque partie peuvent être déséquilibrés. La question posée est en fait une question déguisée sur la mondialisation, basée sur l'ouverture des échanges. Qui y gagne, qui y perd? Normalement, tous. A condition que des règles du jeu soient posées au niveau des organisations internationales (OMC) et si une bonne politique de concurrence est mise en place dans les pays.
Troisème grande idée: l'échange est facteur de croissance. On le voit, dans le sens inverse aujourd'hui, avec la baisse du commerce international. La corrélation entre croissance et commerce est d'autant plus importante que chaque pays choisit de se spécialiser. L'échange conduit chacun à se spécialiser donc à s'améliorer dans son activité.
Le marché reste la base des gains. On n'a rien fait de mieux depuis les théories posées par Adam Smith à la fin du 18e siècle. Mais certaines activités ont lieu hors échange, donc hors marché. C'est le problème des biens collectifs que les nations doivent apprendre à gérer."
"Toute la science économique est basée sur la théorie de l'échange" - Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet Asterès
"Thèse: Quand on échange, on a forcément quelque chose à gagner. L'échange entraîne la spécialisation. Il y a un avantage à ce que chacun soit spécialisé. Vous dans le journalisme, moi dans l'analyse économique, par exemple. Puisque nous sommes spécialisés, l'échange nous permet de nous concentrer sur nos points forts et de donner le meilleur de nous-mêmes. Ce qui s'applique aux individus s'applique aux pays. C'est pourquoi en tant qu'économiste, je suis très hostile au protectionnisme. Dans cette perspective, nous (la France) avons intérêt à nous spécialiser dans le nucléaire que nous pouvons échanger contre des jouets chinois, par exemple.
Antithèse: L'échange nécessite une certaine transparence et un équilibre. Un certain niveau d'information est nécessaire. L'échange a pour corollaire la confiance. Sans confiance, pas d'échange. L'échange doit également être librement consenti. Il faut que ce soit le cas, par exemple, entre la grande distribution et une PME où l'échange peut se faire sous la contrainte".
"Thierry Henri doit-il tondre sa pelouse?" - Alexandre Delaigue, économiste blogueur sur Econoclaste et enseignant aux l'Ecoles spéciales militaires Saint Cyr Coëtquidan
"Classiquement, pour les économistes, chacun trouve son intérêt dans l'échange. Exemple: admettons que Thierry Henry soit un grand champion de foot et de tondeuse. Il tond sa pelouse en deux heures, alors que les jardiniers mettent 4 heures. Question: doit-il tondre la pelouse lui-même? Réponse: non, il a mieux à faire de son temps. Pendant les 2 heures passé à tondre, il a plutôt intérêt à tourner une publicité qui lui rapportera des millions. Avec une infime partie de ces millions, il pourra payer un jardinier. Donc même les meilleurs dans un domaine ont intérêt à faire des échanges (ici, de l'argent contre la tonte de la pelouse).
Reste à savoir si tout est échangeable. Et là, nous sortons du champ de l'économie. Un économiste ne se demandera jamais si la transaction comporte une dimension immorale. Pour lui, même la prostitution, par exemple, est un échange globalement avantageux pour tous. De même que les mères porteuses correspondent à une prestation de service".
"Danger pour l'itinéraire bis" - Laurent Denant-Boemont, blogueur et professeur d'économie à Rennes I
"C'est une question très vaste. Si on se borne à parler d'échange d'informations, les réponses sont déjà ambigües. Prenons le jeu du bien public: les participants peuvent placer leur argent dans un pot commun, ce qui profite à tout le monde et rapporte 20 centimes à chacun. S'ils décident de conserver l'argent, ils gagnent plus (1 euro). Si on permet aux joueurs de discuter avant, donc d'échanger de l'information, alors ils vont être plus enclins à miser dans le pot commun que s'ils jouent sans se parler. Dans ce cas, l'échange d'infos est profitable à la société.
Dans d'autres situations, en revanche, l'échange d'information est nuisible. Si vous informez tous les automobilistes que telle route est encombrée, ils vont avoir tendance à surréagir et vont tous emprunter l'itinéraire bis. Ainsi, une information trop précise et trop publique peut dégrader la situation existante.
"Gagnants et perdants"- Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre économique
"A l'heure de l'information, le comportement ancien, un peu paysan, selon lequel "je ne donne pas l'information, je la garde pour accroître mon pouvoir personnel", est sérieusement remis en cause. Dans l'intelligence économique, on gagne de plus en plus à partager les informations.
Mais dans un échange, il y a les gagnants et les perdants, les prédateurs et les floués. Il existe donc un danger dans l'échange. Pour éviter de perdre lors d'une transaction, il faut savoir clairement pourquoi on échange. Prenons l'exemple de la Chine. Elle a tout intérêt à prendre les connaissances, les savoir-faire chez nous, pays développés."
De notre côté, si nous avons intérêt à court terme à investir chez eux, nous y perdons à long terme car cela va leur permettre de rattraper plus vite leur retard, via des transferts de compétence. Et au final, la Chine comme les autres pays en retard technologiquement prennent des raccourcis et dépassent les autres…"

















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