Jean-Louis Borloo, le ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie et du Développement durable, n'a pas fait dans le politiquement correct en accusant publiquement les Etats-Unis d'être le principal frein à la conclusion d'un accord ambitieux sur le climat lors de la conférence de Copenhague qui s'ouvrira le 7 décembre prochain. "Les Etats-Unis sont le problème, il n'y a aucun doute là-dessus", a-t-il déclaré dans un entretien à Reuters avant de dénoncer l'attitude de "je voudrais bien mais je ne peux pas" du premier pollueur mondial par habitant.
Jean-Louis Borloo est le négociateur français de l'après Kyoto. Très investi, il a fait le tour du monde pour rallier les pays pauvres et émergents à un projet d'accord politique de lutte contre le réchauffement climatique. Ses démarches ont porté leurs fruits puisque le Brésil s'est publiquement rallié à la position française le week-end dernier.
Axe France/Brésil
Nicolas Sarkozy et Luiz Inacio Lula da Silva, le président brésilien, ont présenté samedi une position commune France-Brésil à l'issue d'un entretien à l'Elysée. Il est maintenant question de rallier le plus de pays possibles à cette "bible climatique" dans le but d'empêcher les Etats-Unis et la Chine, qui se trouvent être les deux premiers pollueurs mondiaux, de former un G2, selon les termes de Lula. C'est d'autant plus important que le président américain Barack Obama est actuellement en visite diplomatique en Chine et qu'il met en avant la nécessaire entente entre les deux pays sur les sujets économiques.
La proposition française, que Paris souhaite voir reprise par les 192 pays participants à la conférence de Copenhague, prévoit que les pays industrialisés s'engagent collectivement et individuellement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 25% à 40% en 2020 par rapport aux niveaux de 1990.
Cette proposition, amendée au fil de ses consultations et désormais soutenue par le Brésil, est la 38e version et sera au menu des discussions qui s'ouvrent ce lundi à Copenhague, a précisé Jean-Louis Borloo à Reuters.
450 milliards de dollars
Elle distingue trois autres groupes de pays en plus des pays industriels et propose un traitement différencié pour chacun.
Les plus vulnérables et les plus pauvres - Afrique, petits Etats insulaires, Bangladesh, Laos, Cambodge... - se verraient offrir une aide massive pour accéder aux énergies renouvelables, lutter contre la déforestation et les inondations, financée par un prélèvement sur les transactions financières.
"C'est un point qui me paraît à peu près acquis", estime Jean-Louis Borloo, qui évalue à environ 450 milliards de dollars sur 20 ans le coût de ce plan "justice-climat" pour l'Afrique et estime qu'il pourrait être mis en oeuvre dès la fin de 2010.
Pour les émergents comme l'Inde et le Pakistan, dont le PIB par habitant est sous 1.500 dollars et les émissions de CO2 par tête inférieures à deux tonnes par an, un plan particulier est aussi proposé, notamment en matière d'énergies renouvelables.
La troisième catégorie est celle des grands pays émergents -une partie de l'Amérique du Sud, la Corée du Sud, la Chine...- auxquels il serait demandé d'infléchir leur émissions de GES pour atteindre un pic le plus rapidement possible.
Délai et engagement
Pour les pays non signataires du protocole de Kyoto, dont les Etats-Unis font partie, deux options sont envisagées et font encore l'objet de consultations, précise Jean-Louis Borloo. La première soumettrait les Etats-Unis aux mêmes contraintes que les autres pays industrialisés. La seconde envisagerait "par réalisme" de leur donner un délai de quelques années.
"Il faut une pression internationale sur les Etats-Unis, c'est clair. Mais, en même temps, il faut accepter dans la formulation qu'il y ait un peu de flexibilité", souligne Jean-Louis Borloo, plutôt favorable à la deuxième option.
Ce qui ne veut pas dire pour autant céder sur la nécessité d'un engagement "irréversible, engageant et évaluable" pour tout le monde, insiste le ministre français.
Le président américain Barack Obama, et les dirigeants des autres pays du Forum de coopération Asie-Pacifique (Apec) ont jugé "irréaliste", dimanche, la conclusion d'un accord juridiquement contraignant à Copenhague. Le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen a donc impovisé une ligne de conduite autour d'un accord en deux temps: politique d'abord, juridiquement contraignant ensuite.
Mais pour Jean-Louis Borloo, il ne faut pas jouer sur les mots. En tout état de cause, estime-t-il, un accord à Copenhague devra comprendre un engagement chiffré des Etats-Unis. En d'autres termes, il souhaite que les Etats-Unis s'engagent sur de grands principes chiffrés quitte à ce que le travail de mise en forme juridique de ces engagements n'arrive que plus tard.
















