Bruxelles le répète: face à la crise financière qui secoue le Grèce et déstabilise la zone euro, elle n'a pas besoin du Fonds monétaire international (FMI), a déclaré mardi le commissaire européen aux Affaires économiques Joaquin Almunia, devant le Parlement européen à Strasbourg.

Une intervention qui serait perçue comme une preuve de l'impuissance financière de l'Europe.

Autonomie

"Nous n'avons pas besoin de faire appel au FMI" pour soutenir la Grèce, a déclaré M. Almunia, "nous pouvons et devrions faire cela nous-mêmes".

"Si nous avons un degré de coordination adéquat, si nous avons un engagement politique (...), nous avons plus d'instruments qu'il n'en faut pour faire ce qui est nécessaire pour faire face aux situations délicates comme celle à laquelle nous sommes confrontés actuellement en Grèce", a-t-il ajouté.

La Commission et les dirigeants des 27 se réunissent à Bruxelles le 11 février prochain pour aborder la question de la crise économique et financière en Europe.

Les Etats membres de l'UE n'ont pas l'intention pour l'instant d'aider financièrement le gouvernement grec à se rétablir. "La Grèce doit comprendre que lorsqu'on viole les règles pendant trop longtemps, on doit payer un jour le prix fort", a jugé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, lors du sommet du G7 le week-end dernier.

"Aléa moral"

La Commission européenne a, quant à elle, placé la Grèce sous étroite surveillance mais n'est pas prête à s'engager à restaurer ses liquidités.

"Il y a ici un problème d'aléa moral. Bruxelles a mis en œuvre des règles budgétaires strictes, comme le Pacte de stabilité, pour les pays européens. La Grèce, comme beaucoup d'autres, ne les respecte pas depuis des années. Si la Commission accepte aujourd'hui de lui venir en aide financièrement, alors elle n'incite pas les autres Etats, demain, à se comporter vertueusement en matière de finances publiques", analysait Antoine Bouchet, économiste au Cepii, centre de recherche en économie internationale, interrogé par E24,

Pour une intervention

Plusieurs voix commencent cependant à réflechir à une intervention du FMI, une première en Europe de l'Ouest. Le ministre suédois des Finances Anders Borg estimé mardi, au terme d'une rencontre avec son homologue française Christine Lagarde, que la question devait au moins être abordée.

"Discuter du rôle du FMI dans la gestion de la situation ne devrait pas être un tabou", a déclaré M. Borg, cité par une de ses porte-paroles.

La Grèce a fait "le premier pas" vers l'assainissement des finances publiques et la reconstruction de la confiance des marchés mais "beaucoup reste à faire (pour la Grèce) avant que la confiance ne soit restaurée", a-t-il ajouté lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes basés en Suède.

Intérrogée par E24, Agnès Bénassy-Quéré, Directrice du CEPII, centre de recherche en économie international, estime "que la Commission doit accepter l'offre du FMI. C'est le métier du Fonds de s'occuper des situations comme celles de la Grèce, il a l'expérience nécessaire. Ce sera évidemment un camouflet pour Bruxelles mais au moins, on pourra régler le problème".

"En outre, il vaut mieux que ces mesures peu populaires dans la population soit prises par une institution comme le FMI plutôt que par le gouvernement grec ou l'Europe", argumente-t-elle.