En Chinois, l'idéogramme qui recouvre le mot "crise" signifie à la fois "danger" et "opportunité". On comprend bien pourquoi. Mal gérée, la crise peut faire couler celui qui la traverse. Bien pilotée, en revanche, elle est l'occasion de faire ce qui n'aurait jamais été envisageable en temps normal. De donner un coup de collier en bousculant les indécis. Dans un pays aussi réticent au changement que la France, où la situation est rarement (et heureusement!) assez mauvaise pour donner le sens de l'urgence, la crise financière mondiale offre donc une fenêtre de tir unique pour secouer les habitudes. Nicolas Sarkozy n'allait pas s'en priver.
Jeudi à Douai, il s'y est employé, glissant habilement, au milieu des mesures consensuelles, de petites bombes politiques. Consensuel: il promet aux entreprises de moins de 10 salariés qu'elles seront exonérées de la totalité des charges patronales pour les embauches réalisées en 2009 de salariés payés jusqu'à hauteur de 1,6 fois le Smic. Explosif: il dénonce la "folie administrative" et annonce que les contraintes d'urbanisme seront levées. Consensuel: il veut rembourser la TVA et accélérer le crédit d'impôt recherche pour renflouer la trésorerie des entreprises. Explosif: les règles de passation des marchés publics seront assouplies au profit de contrats gré à gré.
Le plan de relance français est impressionnant et il aura sûrement un impact favorable, à la fois psychologique et économique. Le pays va investir 1,3 % de la richesse nationale produite pour construire quatre lignes de TGV en même temps, remettre sur pied sa recherche et ses campus universitaires, construire 100.000 logements sociaux et payer les gens 1.000 euros pour qu'ils changent de voiture. Il y a un an, la commission européenne aurait hurlé. Cette fois, Bruxelles regarde ailleurs et semble accepter l'idée que le déficit français plongera vers 4% du PIB en 2009. C'est le moment d'en profiter. Pour Sarkozy, investir ces 26 milliards d'euros, c'est réussir la crise, combler les retards et faire en sorte que l'économie française soit en ordre de bataille quand la croissance reviendra. Dans un pays où d'ordinaire, les frais de fonctionnement asphyxient la croissance, l'investissement productif passe en force. Pas de projet vraiment nouveau, mais on veut aller beaucoup plus vite.
Aller vite, cela semble séduisant, mais est-ce le plus efficace? L'Allemagne, qui est objectivement un modèle en matière de réformes structurelles, n'est pas allée "vite". C'est peut être la différence entre audace et courage. Le plan annoncé aujourd'hui est audacieux. Mais le courage, c'est ce qu'a pratiqué discrètement l'Allemagne depuis 2000 en modérant les salaires pour doper la compétitivité. Le pouvoir d'achat a beaucoup souffert mais le pays est redevenu le premier exportateur mondial. En matière de réformes structurelles, il n'y a pas de raccourcis.




















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