Ce n’est pas ici que nous allons mettre en doute les vertus du pragmatisme. Quand les doctrines se moquent des réalités, ces dernières se vengent cruellement. N’est-ce pas l ’Amérique, pays du libéralisme avoué, qui a inventé pendant les années 30 le New Deal, c’est-à-dire le plus gigantesque programme d’investissement public de l’histoire. Il fallait protéger les Américains des effets terribles de la Grande Dépression et tous les moyens étaient bons. Ce que l’on sait moins, c’est que la machinerie administrative mise en place à l’époque a pesé d’un poids très lourd sur le budget fédéral pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’en 1994 très exactement, quand le congrès républicain a imposé à Bill Clinton une véritable "révolution conservatrice", en clair le détricotage de tout ce qu’avait fait Roosevelt.

Face à la vague de chômage qu’apporte la crise, Nicolas Sarkozy a raison d’être pragmatique et de proposer des emplois "aidés". Peu importe qu’il les ait tant ridiculisés quand les socialistes les proposaient. "On n’a pas le droit de faire de l’idéologie sur le dos de la misère humaine", a expliqué le président dans les Ardennes. Bien sûr, mais ce n’est pas faire de l’idéologie que de rappeler les faits. Les emplois "aidés" sont une arme à double tranchant. Ils ont l’avantage, politiquement rassurant, de réduire le nombre des demandeurs d‘emplois, mais au bout du compte, ils repoussent dans le temps le véritable retour à l’emploi. Le dispositif est tout particulièrement nuisible quand ces emplois aidés sont créés dans le secteur non marchand car il dessine alors une sorte de zone, un purgatoire entre emploi et chômage dont il est très difficile de sortir. Mieux vaudrait, à tout prendre, subventionner des emplois aidés au sein des entreprises.

Reste que ces risques sont acceptables au regard de leur bénéfice à court terme. La France est aux prises avec une inquiétude profonde sur son économie et l’annonce de 100.000 emplois aidés supplémentaires pour 2009 est de nature à enrayer l'effondrement du moral des ménages. Rien ne dit que ce quota devra être entièrement consommé, de même que rien ne dit que les 320 milliards mobilisés pour le fonds de soutien aux banques seront bien activés. L’essentiel, c’est que les difficultés conjoncturelles ne compromettent pas les réformes structurelles engagées. Annoncer 100.000 emplois aidés, d’accord. Mais à condition de ne pas revenir sur la suppression de 30.000 postes dans la fonction publique en 2009, condition sine qua non pour que la France reprenne le contrôle de ses finances publiques.