Si le PIB augmente, suis-je plus heureux? Les économistes, hommes politiques, entreprises, médias guettent le retour de la croissance et de son indicateur vedette, le PIB, comme s'il s'agissait de surveiller le retour du beau temps et d'un baromètre. Mais que traduit le PIB dans notre vie quotdienne?
Le PIB (produit intérieur brut) fournit une estimation du dynamisme économique. Mais comme tout agrégat économique qui compile des milliers de données dans un champ forcément restreint, il reste un indicateur fruste dont il faut bien mesurer les limites.
Le produit intérieur brut est construit par l'Insee à partir des tableaux de la comptabilité nationale. Ceux-ci, comme pour les comptes de résultats d'une entreprise, établissent pour un pays les flux monétaires entre les agents économiques d'un pays (Etat, ménage, entreprise). A partir des données collectées par l'Insee grâce aux déclarations des agents, on peut construire le PIB.
Concrètement le PIB recense la richesse créée par tous les agents économiques d'un pays. Il s'agit donc d'un flux, de richesses nouvelles. Plusieurs méthodes existent pour désigner cette richesse. La plus utilisée fait référence à la valeur ajoutée. On comptabilise la valeur de la production au prix de marché diminuée des consommations intermédiaires, c'est-à-dire les biens utilisées, entamé ou complètement consommés dans le processus de productions. Ainsi, on peut obtenir la contribution réelle de chaque entreprise à la création de richesse. Par analogie, on pourrait dire que la véritable valeur d'un gâteau réside dans l'art de la recette mais pas de la liste de ses ingrédients. Les ingrédients ont, eux, déjà été comptabilisé comme richesse par d'autres producteurs.
Ce calcul s'obtient assez facilement pour les biens matériels produits par les entreprises C'était le sens premier que les planificateurs ont attribué à la comptabilité nationale après la seconde guerre mondiale pour compter les productions sorties des usines.
Depuis l'économie s'est nettement transformée et de nombreuses difficultés apparaissent pour appliquer le calcul du PIB à l'économie du savoir, des technologies et des services. Quelle est la valeur ajoutée d'une série télévisée, d'une analyse financière, d'un service bancaire ou d'un conseil informatique? Les compétences qui rentrent dans la production de ces biens et services expliquent en grande partie sa valeur mais ne peuvent être bien estimées.
Les innovations techniques compliquent aussi la tâche. Lorsqu'une nouvelle génération de téléphone portable sort, les prix augmentent. Les statisticiens doivent comprendre si cette augmentation s'explique par une amélioration de la qualité et donc de la richesse créée ou s'il s'agit d'un effet de mode qui vient gonfler artificiellement la valeur de la production.
Les services publics (santé, éducation, transport, énergie…) occupent également une part importante dans l'activité économique et il a fallu les intégrer à la comptabilité nationale. Par définition, ces services non marchands n'ont pas de prix de référence. Il faut donc leur attribuer un prix fictif, estimé en fonction des coûts de production.
Des activités bien réelles échappent aussi aux limiers de la comptabilité nationale. Les activités illégales (drogue, crime, téléchargement illégal…) créent de la valeur mais ne sont pas comptés. Les activités domestiques (ménages, jardin, soutien scolaire…) sont aussi exclues alors qu'elles occupent un temps aussi important dans notre activité quotidienne que le travail.
Enfin et surtout, le PIB ne mesure que l'augmentation ou la diminution de la production de ces biens et services. C'est un indicateur quantitatif qui ne tient pas compte de la qualité, de l'utilité sociale et des effets négatifs ou positifs sur la santé, l'environnement de ces biens et services. Il n'y a par exemple pas de différence entre la production d'une voiture électrique et celle d'un 4X4 ou entre une arme à feu et un vaccin. La mesure du bien-être reste limitée à une mesure quantitative et monétaire.

















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