La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi comme prévu de garder son principal taux d'intérêt directeur inchangé à 1% et s'apprête à dévoiler des détails sur un allègement de son arsenal anti-crise. Le taux de refinancement stationne à ce niveau historiquement bas depuis mai.

Le président de la BCE Jean-Claude Trichet doit tenir une conférence de presse à Francfort (ouest) à partir de 13H30 GMT pour expliquer la décision du conseil des gouverneurs. Les experts attendent aussi les nouvelles prévisions économiques de l'institution, pour cette année, l'an prochain et pour la première fois pour 2011.

"La BCE devrait confirmer la fragilité de la reprise actuelle en annonçant des projections 2011 très modérées, aussi bien pour la croissance que pour l'inflation", prédit Cédric Thellier de Natixis. Le président de l'institution devrait à cet égard redire que le niveau actuel des taux est adapté, et suggérer ainsi la poursuite d'un statu quo monétaire pour les mois à venir.

Fin de la récession

Même si l'économie de la zone euro est sortie de la récession au troisième trimestre, comme l'a confirmé jeudi l'Office des statistiques Eurostat, la relance s'annonce laborieuse.

Et les risques d'une rechute restent aigus, notamment la menace d'une pénurie généralisée du crédit qui inquiète en particulier l'Allemagne, ou encore la force de l'euro face au dollar, préjudiciable aux exportateurs européens. Pour la grande majorité des économistes, la BCE ne remontera donc pas ses taux avant le troisième trimestre 2010.

Mais elle n'attendra pas aussi longtemps avant d'enclencher sa stratégie de sortie de crise. M. Trichet a promis il y a un mois qu'il donnerait des détails à ce sujet lors de la conférence de presse de ce jeudi.

Sortie de crise

"Nous sommes sûrs" que la BCE va retirer ses mesures exceptionnelles, "tout au long de 2010, la question est de savoir à quelle vitesse", souligne Erik Nielsen de Goldmann Sachs.

Depuis l'effondrement des crédits immobiliers aux Etats-Unis ("subprime") en août 2007, la BCE abreuve généreusement les banques de liquidités pour les encourager à prêter davantage. Le dispositif a été singulièrement renforcé après la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers il y a un an.

Mais les établissements ont surtout utilisé la manne pour investir sur les marchés et redresser leurs comptes. Les banquiers centraux exhortent depuis des semaines les banques à faire leur devoir envers l'économie en prêtant davantage et à se préparer à un retrait progressif des facilités que leur offre la BCE pour leur refinancement.

Contre les bulles spéculatives

Les paroles vont donc être suivies par de premiers actes, avec l'arrêt probable des opérations de refinancement sur un an en 2010. Jean-Claude Trichet avait déjà laissé entendre que le dernier appel d'offres, prévu le 16 décembre, serait le dernier.

La majorité des économistes pense qu'il sera assorti du taux de refinancement, soit 1%, mais la BCE s'est laissée l'option de s'accorder une marge supplémentaire. Si elle devait y recourir, "cela indiquerait que la BCE va dénouer sa politique de soutien exceptionnelle un peu plus vite qu'anticipé", souligne Jennifer McKeown, de Capital Economics.

En allégeant progressivement son arsenal anti-crise, la BCE veut diminuer les risques que se constitue une nouvelle bulle spéculative portant en germe la prochaine crise.