Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a sévèrement critiqué lundi 17 novembre le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy pour ses propositions de gouvernement de la zone euro, et raillé ses appels à une plus grande coordination économique.
Le président français a récemment proposé de réunir plus souvent les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro, après une première rencontre inédite de ce type en octobre pour mettre au point un plan de sauvetage des banques. A l'heure actuelle, seuls les ministres des Finances des pays utilisant la monnaie unique se réunissent, chaque mois et sous la présidence de Jean-Claude Juncker, qui est ministre des Finances et Premier ministre du Luxembourg. Mais Nicolas Sarkozy a jugé que ces ministres n'avaient pas l'autorité suffisante pour prendre de grandes décisions. La presse lui a même prêté l'intention de vouloir lui-même diriger ce futur "gouvernement", ce que l'intéressé a nié.
Par devoir
S'exprimant devant le Parlement européen à Strasbourg, Jean-Claude Juncker a relevé qu'il essayait "modestement d'animer les travaux des ministres des Finances, dont Nicolas Sarkozy a relevé qu'il ne sont pas à la hauteur". "Moi je ne recherche pas la présidence de l'Eurogroupe au niveau des ministres des Finances pour le plaisir et pour ma gloire personnelle qui n'est guère extensible", a-t-il lancé ironiquement. "Je le fais par devoir. Si d'autres pensent qu'ils pourront mieux assumer ces tâches", qu'ils le fassent, "mais qu'ils y appliquent la même intensité pour les années à venir que celle qu'ils donnent l'impression de vouloir appliquer au moment où nous sommes", a ajouté le Premier ministre luxembourgeois. Il a par ailleurs reproché implicitement à la France d'appeler à une meilleure concertation en Europe face à la crise, sans montrer elle-même l'exemple, en prenant des mesures sans en parler avec ses partenaires.
"J'observe avec attendrissement les rappels et les appels renouvelés à la coordination des politiques économiques qui s'expriment surtout dans la langue de Voltaire", a-t-il dit. "Je voudrais que ceux qui nous appellent à la coordination donnent d'abord l'exemple de la sincérité de leurs propos", a-t-il ajouté.
De concert
Jean-Claude Juncker n'a pas dit clairement quelle mesure il visait. Mais selon son entourage, il n'a pas apprécié en particulier que Paris ait mis ses partenaires devant le fait accompli à propos du creusement de ses déficits depuis déjà plusieurs mois. Sur le fond, il s'est dit tout à fait d'accord avec la nécessité pour l'Europe d'agir de concert "face à une crise de la taille que nous connaissons". "Une réaction de politique économique forte et coordonnée au niveau européen est nécessaire et nous devons réfléchir au meilleur moyen de l'organiser", a-t-il dit. "Nous devons mettre à profit les trois semaines qui nous séparent du conseil" des dirigeants européens mi-décembre "pour affiner avec habileté notre stratégie européenne", et éviter des "réactions disparates" qui nous guettent.






















