La règle est la même pour tous. Après avoir payé la facture de la crise, les Etats reçoivent les coups de fil de leurs banquiers, en l'occurrence les marchés financiers, qui leur demandent de réduire leurs déficits sous peine de payer de gros agios.
Mais les marchés, qui achètent la dette des Etats, distinguent les bons clients des mauvais payeurs. La Grèce figure dans ce dernier cas.
"Elle fait partie des pays de l'Union européenne les plus fragiles en cumulant quatre handicaps: un endettement initial élevé; un déficit important de l'Etat qui en secourant le secteur bancaire et privé, s'est beaucoup exposé au risque; un taux de croissance faible et une population vieillissante (les retraites vont lui coûter 9 points de PIB d'ici à 2050)", explique Agnès Bénassy-Quéré, directrice du CEPII, centre de recherche en économie internationale.
En outre, la Grèce a triché avec ses statistiques, ce qui n'a rien arrangé sur le plan de la crédibilité.
Face à cette situation, les investisseurs n'ont été ni convaincus par le plan d'économies du gouvernement grec, ni par l'intervention de la Commission européenne qui va mettre la Grèce sous une surveillance étroite, ni par les propos rassurants du président de la Banque centrale européenne.
Ils redoutent maintenant soit un sauvetage par les pays de la zone euro (mais aucun texte ne le prévoit) soit par le FMI. Ce qui n'est jamais arrivé en Europe de l'Ouest.
De fait, les acheteurs d'emprunts grecs réclamment des rendements plus importants pour leur prise de risque. Dans le même temps, ils souscrivent à des primes d'assurance (les CDS, credit default swaps) pour se couvrir. Les CDS ont gagné jusqu'à 422 points de base, le 28 janvier dernier, soit 4,22% d'intérêts en plus par rapport aux emprunts d'Etat allemands, son plus haut niveau depuis 2004.
En clair, pour assurer un emprunt de 10 millions d'euros sur 5 ans, les investisseurs doivent se couvrir aujourd'hui à hauteur de 429.000 euros par an en prime d'assurance, selon les données CMA market data. Et l'Etat grec doit augmenter les coupons de ses obligations pour continuer à attirer les investisseurs.
Effet domino
Mais les difficultés de la Grèce à sortir de sa crise budgétaire sont devenues un problème européen.
La dégradation des comptes publics ne concernait que les Grecs jusqu'à ce que les marchés se mettent aussi à douter de la solidité d'autres pays comme l'Espagne, le Portugal et l'Italie.
Or, ces pays pèsent nettement plus que la Grèce (2,5%) dans le PIB européen. Si la contagion se propageait à ces pays, les taux d'intérêts s'envoleraient, aggravant encore plus le poids de la dette en suivant un cercle vicieux. En somme, toute la classe serait punie.
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Pourtant, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. "En Grèce, au Portugal et dans une moindre mesure en Italie, les problèmes des finances publiques sont anciens. Chez eux, les déficits sont principalement d’ordre structurel, avec en toile de fond des problèmes d’efficacité des dépenses publiques et un certain laxisme budgétaire", soulignent les économistes du Credit Agricole, dans leur dernière note de perspective.
Au contraire, "en Irlande et en Espagne, entre 2000 et 2007, la situation budgétaire était plutôt saine avec respectivement, en moyenne des excédents de 0,25 % et de 1,49 % du PIB, contre un déficit en zone euro de 1,85 %", expliquent-ils.
Quoi qu'il en soit, les Etats vont devoir passer directement à la page "réduction des déficits" de leur agenda. Ce qu'ils avaient prévu de faire plus tard, vers la fin de l'année pour ne pas pénaliser l'emploi et la reprise.
C'est le message envoyé par le marché. "Il semble qu'il veut accélérer cette question (le rétablissement des finances publiques, ndlr) que les autorités espéraient régler plus tard dans le temps", affirme Jim Reid, stratégiste à la Deutsche Bank, cité par le Wall Street Journal.
Un mal pour un bien
La force de rappel qu'exercent brutalement les marchés sur les Etats a cependant une vertu. Elle pousse les Européens à prendre à bras le corps les questions de politique budgétaire.
La Commission européenne qui a placé la Grèce sous quasi-tutelle, a bouleversé la souveraineté du pays, explique Agnès Bénassy-Quéré, directrice du CEPII.
"Sans parler encore de gouvernement économique - ce qui ne plaît pas à l'Allemagne - l'Union européenne va devoir réinventer le pacte de stabilité. Encore une fois, c'est quand elle est dos au mur que l'Europe avance", dit-elle.





















