A l'été 2008, Nicolas Sarkozy décidait de renforcer la présence française en Afghanistan portant le nombre de militaires français engagés à plus de 3.000 hommes.
Cet engagement appelé à s'inscrire dans la durée, génère des coûts financiers importants: 330 millions d'euros sont prévus en 2009, selon l'évaluation de la commission des Finances de l'Assemblée nationale dans un récent rapport. L'Afghanistan absorbe 40% des crédits affectés aux "Opex" ou, dans le jargon militaire, les opérations extérieures. Le coût de toutes les opérations militaires de la France à l'étranger ne cesse d'augmenter. En 2009, les dépenses en Afghanistan ont marqué une hausse de 40% par rapport à 2008 (236 millions) en grande partie en raison de l'envoi de plus de 1.000 soldats supplémentaires à l'été 2008.
Premier poste de dépenses, les rémunérations et cotisations sociales à verser aux militaires en opération (3.247), s'élèvent à 120 millions en 2009 contre 90 millions en 2008. Les primes de risques et d'éloignement de la famille engendrent un surcoût très important ainsi que l'usure précoce du matériel. Cet élément, difficile à évaluer, n'est pas inscrit dans les budgets prévisionnels des Opex.
37.000 de surcoût par blindé
Lors de son déplacement en Afghanistan, Louis Giscard d'Estaing, co-auteur du rapport, a relevé que la location de véhicules civils blindés en Afghanistan entraînait un surcoût de 37.600 euros sur un période d'utilisation de trois ans. La location d'un véhicule sur cette période étant de 237.600 euros contre 200.000 à l'achat y compris entretien et transport en avion. Une économie importante est à la clé, avec en plus, l'opportunité de pouvoir revendre le matériel sur le marché de l'occassion. Mais l'armée privilégiè l'achat de véhicules civils blindés, quitte à "empiéter sur les crédits dévolus à l'équipement des armées". Pourquoi?
L'achat du véhicule considéré comme une dépense d'équipement n'est pas remboursé par le ministère des Finances, contrairement à la location considérée comme une dépense de fonctionnement, qui donne lieu à un remboursement en fin d'exercice budgétaire.
Aucun gain pour les entreprises françaises
Autre grief des députés: l'absence totale d'entreprises françaises sur les théâtres d'opération. "Les entreprises françaises gagnent zéro euros dans les Opex si bien que l'armée est forcée de passer ses contrats de logistique et d'intendance avec des sociétés étrangères" (hollandaises, britanniques, Turques…)", explique la député Françoise Olivier-Coupeau. Lorsque la situation est suffisamment sécurisée, la présence d'entreprises françaises sur les théâtres des opérations permettrait non seulement de les impliquer dans des opérations de reconstruction et de soutien financées par la Défense mais aussi de mieux définir les rôles de chacun.
Aujourd'hui, ce sont les militaires qui se conscrent à ces opérations de coopération et à la reconstruction, non sans intérêt pour leur image mais pour leurs finances. Un gisement important d'économies pourrait être réalisé si les entreprises françaises passaient directement des contrats avec les autorités locales et non plus avec l'armée.
Coût des Opex: 1,336 milliards d'euros
La situation en Afghanistan, comme dans les autres Opex, est source de coûts impondérables, inhérents à une mission lointaine et périlleuse. Mais,selon le rapport de l'Assemblée, l'armée manque d'une culture comptable, ce qui contribue à sous-budgétiser le coût des opérations lors du vote du budget de l'Etat à l'automne.
Ces budgets sont appelés à grossir au fil de l'évolution sur le terrain et les députés doivent accorder des rallonges en cours d'année. "La budgétisation des Opex, n'atteignait que 4% du coût réel en 2003 et s'est approchée de la réalité à un rythme très lent pour plafonner à 54-55% en 2007 et 2008", indique la commission des Finances. Ainsi, 826 millions d'euros sont consacrés aux Opex en 2009 dans le budget de la Nation, une somme largement sous-évaluée selon les députés qui ont prévu une provision de 510 millions d'euros pour les surcoûts. Le coût réel des Opex sera donc plutôt de 1,336 milliards d'euros en 2009.


















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