Nicolas Sarkozy a tranché. La taxe carbone sera de 17 euros par tonne de CO2 et une commission se penchera sur le délicat problème des compensations.

En attendant, qu'en pensent les économistes? Une "Contribution climat énergie" à 17 euros aura-t-elle un effet? Les compensations vont-elles tué l'effet de la taxe? E24 a demandé leur avis aux économistes blogueurs Alexandre Delaigue (Econoclastes) et d'Antoine Belgodere (Optimum).

"Insuffisant". Alexandre Delaigue, enseignant aux Ecoles spéciales militaires Saint Cyr Coëtquidan.

"Une taxe à 17 euros, c'est insuffisant. Michel Rocard, qui a présidé les réflexions sur la Contribution climat énergie, demandait plus (32 euros).

Un exemple. Il y a un an, le litre de gasoil tournait aux environs de 1,50 euro, contre 1 euro aujourd'hui. Le renchérissement de près de 50 centimes des prix à la pompe en 2008 n'a entraîné qu'une baisse de 3% de la consommation en France.

Or, la CCE à 17 euros, cela se traduira par une hausse de seulement 4,5 centime par litre de gasoil. C'est largement insuffisant dès lors que l'objectif est de provoquer un changement des comportements. Les prix à la pompe varient tous les jours de quelques centimes, sans pour autant influencer la consommation."

"Trop élevée". Antoine Belgodere, maître de conférences à l'Université de Corse.

"Il y a deux approches pour déterminer si la CCE est trop élevée ou non. La première consiste à dire qu'il faut dès aujourd'hui s'acquitter d'un coût supplémentaire -la taxe carbone- afin d'éviter un coût trop important demain –le réchauffement climatique. Dans cette optique, défendue par Nicholas Stern, il faudrait s'acquitter d'une taxe de 70 euros la tonne. Mais selon cette approche, la moitié du coût supporté aujourd'hui correspond à l'amélioration du bien-être des générations postérieures à… l'an 2800!

Personnellement, je n'adhère pas à cette vision extrémiste. Je penche plutôt pour une deuxième approche. Selon cette dernière, le niveau fixé par la France est trop élevé. Une taxe raisonnable se situerait plutôt aux alentours de 6 à 7 euros, comme le démontre l'économiste américain William Nordhaus. Pour arriver à ce résultat, il estime que le bien-être des générations futures vaut moins que celui de la génération présente.

Par contre, il est sûr qu'à ce niveau de taxation, les énergies alternatives (éolien, solaire) ne sont pas attractives. Il faudrait une taxe à 50 euros la tonne de CO2 pour que ces énergies alternatives soient rentables face aux énergies fossiles."