Le gouvernement va "réfléchir à nos priorités nationales et à la mise en place d’un emprunt pour les financer". C’était le 22 juin dernier. Nicolas Sarkozy annonçait devant le Congrès la mise en place d’un grand emprunt national d'ici 2010.
Son montant? A définir. Ses modalités de financement? Arrêtées une fois les priorités fixées. Les projets à financer? "Les quelques secteurs stratégiques et prioritaires pour préparer l’avenir de la France". Autant dire pas de réponse.
L’annonce était lacunaire et la démarche particulière si l'on se réfère aux principes en vigueur dans l'économie. Car en théorie, lorsqu’une entreprise ou un particulier souhaite contracter un emprunt, il définit d’abord son projet, puis ses besoins en financement, selon ses capacités, de remboursement et se présente ensuite devant son banquier.
Un emprunt à l'envers
Nicolas Sarkozy préfère faire les choses à l’envers. Le 26 août dernier, une Commission nationale, composée de 24 membres et co-présidée par Alain Juppé et Michel Rocard, a été chargée de définir des axes stratégiques, puis d’en déduire un cadre budgétaire. Elle devra rendre ses conclusions d’ici la fin octobre. Et aucune contrainte ne semble lui avoir été imposée.
"Je ne bornerai pas la liberté de votre réflexion à un cadre budgétaire précis. Le montant de l'emprunt national dépendra des besoins que vous allez identifier, et de la capacité d'endettement que nous aurons", a indiqué le président de la République, malgré un déficit de l'Etat qui ne cesse de progresser.
Aucune limite non plus sur le fond des projets retenus. Nicolas Sarkozy a certes cité trois axes majeurs (l’économie de la connaissance, la compétitivité des entreprises et les équipements industriels innovants) mais le moins que l'on puisse dire, c’est que le cadre est large.
Cacophonie
Alain Juppé et Michel Rocard ont donc pour mission de définir des politiques stratégiques dans tous les domaines, sans connaître les réelles capacités de remboursement de l’Etat et sans avoir une échelle budgétaire précise pour arbitrer entre les projets.
La tâche est rude, d’où sûrement la cacophonie qui règne autour du grand emprunt depuis plusieurs semaines. Chaque ministère et spécialiste avance ses priorités. Et son idée sur les modalités de l’emprunt. Les deux présidents de la Commission seraient par exemple davantage séduits par un endettement au fur et à mesure, tandis que Christine Lagarde, Ministre de l’économie, privilégierait un emprunt en une fois.
Deux mois et demi après son annonce, le grand emprunt reste donc bien mystérieux.





















