Xavier Darcos, ministre du Travail, rencontrera finalement mardi à 11h, et non lundi, le PDG de France Télécom, Didier Lombard, pour s’entretenir avec lui de la série de suicides au travail de salariés.

Suite au 23e suicide en un an et demi dans l’entreprise samedi dernier, le gouvernement a décidé de prendre les choses en main. Xavier Darcos a proposé que le directeur général du travail Jean-Denis Combrexelle assiste à une prochaine réunion du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l'entreprise.

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a précisé dimanche de son côté qu'elle avait demandé à M. Lombard de convoquer un conseil d'administration consacré à ces suicides.

"Pas seulement un problème d'organisation"

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a indiqué aujourd'hui que ce phénomène à France Télécom ne pouvait pas se réduire "à un problème d'organisation", tout en affirmant qu’il était du "devoir à la fois pour l'entreprise et pour le gouvernement, qui est puissamment actionnaire, de se pencher sur cette question".

"Le ministre en charge du Travail va voir avec le président de France Télécom les moyens d'apporter une aide morale, psychologique à l'ensemble du personnel et regarder s'il y a des mesures en termes d'organisation du travail qui peuvent permettre d'y mettre un terme", a déclaré M. Guéant sur RTL.

M. Guéant a indiqué avoir été lui-même "confronté à une vague de suicides" alors qu'il était directeur général de la Police nationale.

"J'ai enquêté de façon extrêmement précise sur chacun de ces suicides, c'était beaucoup de drames personnels et je crois qu'il faut être attentif à cet aspect des choses", a-t-il expliqué.

Selon lui, "ça ne veut pas dire que l'entreprise soit débarrassée de ses responsabilités. Même si c'est personnel, une entreprise c'est une collectivité humaine, c'est une solidarité de tous les jours. Donc il faut que l'entreprise vienne au secours de ceux qui sont dans la difficulté".

L'Etat doit agir

Pour François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, l'explication n'est pas tout à fait la même. Il a ainsi estimé lundi que la série de suicides de salariés qui touche France Télécom ne correspondait pas seulement "à des drames personnels" et a appelé la direction à un "moratoire" sur les restructurations.

"On a une entreprise dont le seul objet est de ramener du cash, du pognon, et inévitablement, aux salariés de France Télécom, qui étaient habitués à travailler autrement auprès du client, on demande de la rentabilité", a-t-il ajouté.

"Parfois, ils se sentent atteints dans leur intégrité, dans leur identité, ils ne le supportent plus et des personnes, qui ont peut-être parfois des difficultés dans leur vie, passent à l'acte d'une façon dramatique", a poursuivi le responsable syndical. "Ce n'est pas que des drames personnels. On sait que le suicide, c'est tout un certain nombre de difficultés personnelles, mais passer à l'acte sur son lieu de travail, c'est un appel sur un problème qui est directement lié au lieu où on passe à l'acte", a-t-il aussi affirmé.

Le responsable syndical demande à l'Etat, en tant qu'actionnaire bénéficiant "de cette politique de rentabilité", "d'insister pour qu'on revoie les organisations du travail, qu'on ait un peu plus de respect" pour les salariés.