On peut rester sceptique sur les progrès accomplis depuis le premier G20 de Washington, le 15 novembre 2008, "pour réformer le capitalisme financier", selon l'expression du sommet. Mais, la première des avancées que l'on ne peut pas contester est peut-être l'émergence du G20 comme nouveau forum de dialogue et de coopération économique. Les pays émergents y ont désormais une chaise permanente.

Il y a encore un an, le club des pays riches du G8 réglait les affaires du monde à l'écart des émergents, seulement invités pour des problèmes de développement. Il aura fallu quelques mois et la faillite du système financier occidental pour que ces pays soient enfin pris au sérieux. A cause de son ampleur, la crise a eu une vertu. Les émergents choyées pour leur forte croissance économique et leurs capitaux ont été appelés à la rescousse et invité à la table des grands.

"La pérennisation du G20, en place du G8, est une transgression heureuse", remarquait Christine Lagarde, mardi 22 septembre, lors d'une conférence de presse. Et "le G20 n'est pas un G7 à vingt", défendent les économistes du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). Même si la réunion des pays G20 reste encore symbolique, "c'est un changement radical dans la gouvernance mondiale dont les membres du G20 n'ont peut-être pas encore pris toute la mesure", ajoutent-ils.

Priorités différentes

Cependant, le monde en développement reste encore sous représenté. L'Afrique est marginalement représentée. Seule l'Afrique du Sud a intégré le G20. De plus, les préoccupations du Sud ont du mal à se glisser dans l'agenda du G20 encore dominé par les pays riches.

La réglementation financière intéresse peu les pays en développement dont le système financier a été moins touché et est moins prépondérant dans leurs économies. "Les pays du G20 hors G7 représentent à peine 10% du stock mondial d’actifs et de dettes détenus dans le monde", note Agnès Bennassy-Quéré, directrice du CEPII.

Alors que la zone Asie pèse désormais maintenant autant que les Etats-Unis ou l'Europe en termes de PIB (en parité de pouvoir d'achat) ou de commerce international et nettement plus en termes de population, sur le plan financier (transactions boursières, émissions de titre de dette ou action) la région est sous représentée. (cf graphique)

Poids des régions dans l'économie mondiale (Bruegel)
Poids des régions dans l'économie mondiale (Bruegel)

Une nouvelle architecture de la gouvernance mondiale se profile doucement depuis le G20 de Washington. Cette architecture a trois têtes: "le G20 sied de cadre informel politique, le Conseil de stabilité Financière et le Comité de Bâle servent d'enceintes techniques où s'élaborent la régulation financière", explique Agnès Bennassy-Quéré.

Au cours du prochain G20 de Pittsburgh, les 24 et 25 septembre, les pays émergents vont insister aussi sur la représentativité au sein des institutions multilatérales (Banque Mondiale et FMI). Actuellement, la représentativité des pays membres du FMI dépend de leur participation financière au budget. Mais le seuil de majorité étant fixé à 85%, les Etats-Unis disposent d'un droit de véto implicite grâce à leur quote-part (environ 16%).

A l'heure où les moyens du FMI sont considérablement renforcés et où l'on pense à élargir ses prérogatives de superviseur du système financier internationale, la réforme des quotes-parts et droits de vote s'impose au G20 pour les pays émergents. C'est la priorité de leur agenda.