Combien coûtera le changement climatique ces prochaines décennies? Le ministère de l'Environnement a publié, cette semaine, un rapport prospectif passé quasimment inaperçu chiffrant à "plusieurs centaines de millions d'euros par an pour plusieurs secteurs" les effets négatifs de l'évolution du climat en France.

L'étude, préviennent les auteurs, "conduit à des résultats provisoires" et les valeurs présentées "doivent être considérées comme des ordres de grandeur".

Malgré ces limites, ce travail, mené conjointement par les ministères de l'Environnement, de l'Agriculture et de l'Economie, est une première. "Aucune évaluation globale des impacts n’avait été faite en France auparavant", explique Bertrand Reysset, chargé de mission Changement climatique et adaptation à la DGEC, cité par Le Journal de l'environnement, qui a déniché le rapport. "L’objectif du rapport est de représenter les volumes financiers en jeu".

En dehors de l'augmentation des sinistres auxquels devront faire face les sociétés d'assurance, les secteurs de l'eau, de l'agriculture, du logement et du tourisme seront notamment particulièrement touchés.

L'eau

D'ici 40 à 50 ans, la France devrait souffrir d'un déficit de 2 milliards de mètre cubes d'eau par an. De quoi perturber le bon fonctionnement de l'industrie, de l'agriculture et poser des problèmes en alimentation d'eau potable.

L'agriculture

Les prévisions de productivité du secteur ne prennent généralement pas en compte les effets des événements extrêmes, prévient d'emblée le rapport. Or, tempêtes et sécheresses seront probablement plus fréquentes ces prochaines décennies, sabotant les rendements. "A titre d’exemple, la multiplication des événements de type canicule de 2003 pourrait représenter en 2100 un coût allant jusqu’à plus de 300 millions d’euros par an pour une culture comme le blé", préviennent les auteurs.

La viticulture pourrait bien aussi payer cher le réchauffement climatique, "avec des effets potentiellement négatifs sur la qualité et la typicité des vins". Mais toutes les régions ne seraient pas affectées de la même façon. "Des baisses de rendement seraient attendues dans certaines régions (notamment en Languedoc) et une hausse dans d’autres (notamment en Bourgogne)", est-il écrit dans l'étude.

Le logement

Sous l'effet répété des canicules à venir, les sols argileux, en s'asséchant, pourraient bouger et mettre en péril les fondations des bâtiments. Phénomène peu connu du grand public, ce "retrait-gonflement" des argiles en sous-sol pourrait coûter "plus d'un milliard d'euros par an en 2100", contre 200 millions d'euros aujourd'hui.

Sur les côtes, la remontée prévue du niveau de la mer "devrait concerner in fine plusieurs centaines de milliers de personnes et la destruction des logements pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'échelle du siècle, pour la seule région Languedoc-Roussillon".

Le tourisme

A cause du réchauffement climatique, la France pourrait bien perdre son attrait touristique. Et la Côte d'Azur devenir une fournaise. Au vu des études réalisées, il faut en effet s'attendre à "une dégradation du confort climatique en été sur l’ensemble de la France métropolitaine, les températures maximales atteintes devenant trop élevées pour permettre le confort maximal des touristes" en été, selon le rapport. "A l’horizon 2100, un impact significatif sur le chiffre d’affaires estival est à attendre".

Les sports d'hivers devraient aussi souffrir. "Dans les Alpes françaises, 143 domaines skiables bénéficient actuellement d’un enneigement fiable", écrivent les auteurs du rapport. "En cas de réchauffement de +1°C, cela ne sera le cas que pour 123 stations; pour 96 stations si le réchauffement atteint 2°C et seulement pour 55 stations dans le cas d’un réchauffement de 4°C".

Ces sombres perspectives peuvent être évitées, ajoute tout de même l'étude: "le changement climatique en France métropolitaine aura un coût significatif qu’une adaptation organisée et réfléchie pourra permettre de limiter". La taxe carbone suffira-t-elle?