"La consommation engagée progresse", a affirmé Pascale Hebel, Directrice département consommation du CREDOC, lors des Assises de la consommation lundi 26 octobre. Selon elle, à travers leur consommation, les Français d'aujourd'hui veulent exprimer leurs valeurs. Bien qu'ils privilégient encore les bas prix, ils veulent que leurs achats aient du sens et participent au développement durable.

Entre juin 2008 et juin 2009, l'augmentation des consommateurs soucieux des garanties écologiques (+9 points), de ceux qui privilégient l'achat de produits régionaux (+10 points) et de ceux qui se disent préoccupés par le droits des salariés travaillant dans l'entreprise à l'origine du produit (+10 points) est significative.

Consommation marginale

L'engagement du consommateur pour l'environnement a toutefois des limites."Seulement 15% des Français acceptent de payer plus pour des produits "durables", c'est très faible", rappelle Jean-Marc Bellaiche, Directeur associé au Boston Consulting Group.

Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, admet que "dans les faits, la consommation durable reste marginale". Principalement parce que cela coute plus cher. "Pour que les prix du bio et des produits éco-responsables diminuent, il faut augmenter l'offre, et donc la consommation", explique la secrétaire d'Etat.

Tout reste donc à faire. Il faut tendre, selon elle, vers un "modèle de consommation moral et durable". Cela nécessite de "gaspiller moins (30% d'aliments non consommés sont jetés à la poubelle)", de privilégier les produits de saison et de proximité, les produits bio, le commerce équitable, les écolabels et le respect des animaux en voie de disparition. "Les achats responsables ne sont pas forcément plus chers!", a-t-elle insisté.

Rôle de l'Etat

Le secrétaire d'Etat à la consommation, Hervé Novelli, chargé un instant d'animer les débats, soulève la question de la régulation "des nombreux labels du développement durable". Ceux-ci accompagnent le choix des consommateurs. Pour le président de PlaNet Finances Jacques Attali, les associations peuvent participer à l'élaboration des normes, mais c'est à la puissance publique de les approuver "et d'orienter le consommateur vers des comportements citoyens".

Chantal Jouanno rappelle néanmoins que l'évolution vers une consommation plus engagée ne dépend pas seulement de l'action du gouvernement. "Si l'Etat peut créer les conditions d'une consommation durable, par des incitations et des conventions, il ne peut pas s'immiscer dans les choix personnels de chacun. C'est un choix de société".

Etiquetage social

La consommation engagée ne concerne pas uniquement l'écologie. Plusieurs problématiques sociales sont en jeu. Valérie Gervais, représentante de l'Association des consommateurs AFOC et de la fédération d'associations Consofrance, revendique notamment un "étiquetage social" des produits. En effet, alors que l'étiquetage écologique des produits est prévu pour 2011, la transparence concernant les éléments sociaux (conditions de travail, salaires…) n'est pas encore à l'ordre du jour.

Michel-Edouard Leclerc, Président de l'Association des Centres Distributeurs Leclerc, est conscient que "les entreprises qui ne répondront pas à ces demandes sociales seront dépassées et sorties du marché". Si il regrette que les produits bio ne soient pas assez accessibles, il ne dramatise pas la situation. En effet, les "bo-bo", les "happy few", plus riches, achètent ce type de produits, et "c'est la condition nécessaire à la standardisation".