François Fillon, dans un entretien au Monde daté de vendredi, a décidé de recadrer les membres de son camp. A un moment où les dissensions se multiplient, il leur demande de ne pas livrer bataille "sur la place publique", .

Evoquant la première série d'explications qu'il a eue mardi devant les députés UMP réunis à huis clos, le premier ministre persiste et signe: "ce n'était pas un coup de sang. La Ve république ce sont des institutions très subtiles qui ne fonctionnent que si chacun est à sa place".

Rama Yade

Première visée : Rama Yade, qui s'est opposée aux arbitrages de sa ministre de tutelle, Roselyne Bachelot, sur la question du "droit à l'image collective" (DIC) des sportifs, après s'être, à plusieurs reprises ces derniers mois, affranchie de la tutelle de l'Elysée.

"On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement", tranche le premier ministre à propos de celle dont l'avenir dans l'exécutif apparaît de plus en plus fragilisé.

Grand emprunt

Autre bête noire de François Fillon: le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, coupable, selon lui, de militer publiquement pour un grand emprunt massif. "Je pense que le président de la République ne souhaite pas qu'on s'exprime en son nom sur un sujet sur lequel lui et moi avons une approche cohérente", dit-il.

Il se désole par la même occasion que 63 députés UMP et Nouveau centre aient choisi de publier une tribune dans la presse pour que le montant du grand emprunt se situe entre 50 et 100 milliards d'euros. Il a lui-même évoqué la somme de 20 à 30 milliards, citant un chiffre avancé par le Trésor. Nicolas Sarkozy a a pour sa part annoncé ce jeudi que la fourchette serait comprise entre 25 et 50 milliards d'euros.

Taxe professionnelle

Revenant sur la fronde menée par le sénateur Jean-Pierre Raffarin contre la réforme de la taxe professionnelle, il affirme que "la méthode est contestable". Et persifle : "beaucoup de ceux qui demandent le report de la réforme n'ont pas trouvé la force dans le passé de l'engager", alors que Jean-Pierre Raffarin a occupé Matignon de 2002 à 2005. Sur cette réforme il assure d'ailleurs qu'il maintiendra le cap, jurant qu'elle devra "être opérationnelle en 2010".

"Vivre une vie plus normale"

Evoquant son propre sort après deux ans et demi passés au côté de Nicolas Sarkozy, il répète qu'il est en symbiose avec le chef de l'Etat.

A ceux qui affirment que sous l'ère Sarkozy le rôle du premier ministre s'est nettement amoindri, François Fillon rétorque qu'il n'est ni plus ni moins influent que ses prédécesseurs. "Tous ceux qui prétendent que le premier ministre, hors cohabitation, a imposé ses vues au président de la République sont, soit mal informés, soit de mauvaise foi", assène-t-il.

Espère-t-il rester à Matignon jusqu'en 2012? "La question n'est pas de savoir ce que je souhaite", élude le chef du gouvernement, soutenant à nouveau le principe de stabilité d'une équipe gouvernementale qui doit "durer pour réussir". "Sauf raison politique majeure", précise-t-il, sans en dire davantage, alors que se profilent des élections régionales qui s'annoncent difficiles pour la droite.

Sur son avenir après Matignon, François Fillon "s'interdit d'avoir des projets" car "cela voudrait dire que je ne suis pas complètement à la tâche qui est la mienne". Rien donc sur la mairie de Paris que certains à droite aimeraient bien le voir briguer en 2014. "Nous avons tous des désirs, notamment de vivre une vie plus normale", ajoute-t-il, énigmatique.