Atteindre l'équilibre budgétaire d'ici 2016, comme le souhaite François Fillon, semble compliqué. En effet, le gouvernement s'est engagé à ne pas augmenter massivement les prélèvements obligatoires (PO).
Réduire le déficit public d'un point par an, sans appliquer une politique de rigueur, avec une croissance de 2,5%? C'est possible, estimait le ministre du budget Eric Woerth le 27 septembre dernier. Eric Heyer, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, n'est pas de cet avis... Sauf à atteindre une croissance de cinq points sur 6 ans, ajoute l'économiste. Irréaliste.
Il indique qu'avec 2,5% de croissance, l'équilibre est envisageable, mais à une seule condition: augmenter les impôts. Sans plan de rigueur drastique, les comptes publics resteront dans le rouge d'ici 2016.
110 milliards de recettes
Pour gommer le déficit, 110 milliards de recettes supplémentaires doivent être trouvés. Eric Heyer met en garde: "il ne faut pas que les augmentations d'impôts grèvent la croissance". En accroissant la fiscalité, on risque de pénaliser l'activité économique: un cercle vicieux.
Par conséquent, il est indispensable que les augmentations de PO touchent d'abord les ménages les moins sensibles aux impôts (faible propension à consommer), c'est-à-dire les revenus élevés. Les niches fiscales doivent être la cible prioritaire du fisc, considère l'économiste.
Mais cela ne veut pas dire que toutes doivent être supprimées ou réduites. Par exemple, les allègements de charges accordés aux entreprises, qui coûtent près de 20 milliards d'euros par an à l'Etat, sont efficaces. En effet, elles encouragent l'investissement des sociétés, et in fine favorisent la croissance et l'emploi.
Plan de rigueur: attendre la sortie de crise
En temps de crise, un plan de rigueur permet une augmentation des recettes de l'Etat, mais seulement à court terme, indique l'expert. A long terme, il peut avoir un effet pervers sur la croissance, sur le chômage, et finir par aggraver le déficit. Selon lui, ce type de stratégie peut être profitable mais il faut attendre à tout prix la sortie de crise pour la mettre en place.
Aujourd'hui, l'objectif ne devrait pas être le déficit zéro, estime Eric Heyer. "Le vrai enjeu, c'est de stopper l'explosion de la dette et de contenir le déficit à un niveau raisonnable". En effet, selon lui, vouloir éradiquer le déficit nécessite d'augmenter drastiquement les impôts. "On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre", explique-t-il. Pour lui, le choix est simple: déficit zéro, avec chômage de masse, ou déficit contenu et croissance soutenue.
Grand emprunt
Le grand emprunt, prévu pour 2010, semble peu compatible avec cette volonté d'équilibre budgétaire. Pourtant, pour Eric Heyer, il "ne condamne pas la réduction du déficit. Il faut raisonner à long terme: la croissance de demain dépend des investissements d'aujourd'hui. Et pour investir, la France a besoin de fonds. L'important est de bien investir l'argent récolté avec ce fameux grand emprunt".

















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