Petit ou grand emprunt? La commission Juppé-Rocard préconise 35 milliards d'euros. Nicolas Sarkozy tablait sur un emprunt compris entre 25 et 50 milliards. Un groupe de députés UMP visait entre 50 et 100 milliards d'euros. Et un Français sur deux n'en veut pas du tout. Quant au Parlement, il n'a même pas eu son mot à dire alors qu'il vote le budget (le grand emprunt sera intégré dans une loi de finances rectificatives en 2010).
Qui a tranché? Le marché.
Faute de marges de manœuvre suffisantes (le déficit public de la France va atteindre 116 milliards en 2010 contre 64 milliards en 2007), l'Etat ne peut que faire appel au marché pour se financer. C'est donc lui qui juge si la France est un joueur honnête qui aura les moyens futurs de régler sa dette ou si nous sommes en train de bluffer.
Dans ce cas, nous paierions une prime de risque pour tout nouvel emprunt
Contrainte budgétaire
Les agences de notation qui éclairent les investisseurs sur notre qualité de bon payeur, estimaient que la France pouvait emprunter entre 20 et 30 milliards d'euros sans se mettre dans une position trop indélicate.
Nous sommes en plein dans la fourchette. Ce n'est pas un hasard. Le montant qui sera réellement levé sur les marchés sous forme d'émission de bons du Trésor achetés par les investisseurs français et étrangers (66% de notre dette) sera de 22 milliards. Le reste -13 milliards - provient des aides remboursées par les banques.
Pour l'agence de notation Moody's, avec ce montant, la taille du grand emprunt reste "modeste" et ne remettra pas en question notre signature. Nous gardons notre médaille d'or, la note AAA réservée aux meilleurs emprunteurs toutes catégories confondues. Même analyse chez Fitch, une autre agence de notation.
Mais la route était étroite: hors grand emprunt, la France prévoit déjà de lever 175 milliards en 2010 sur les marchés pour financer son déficit et rembourser nos anciennes dettes . L'Agence France Trésor, qui gère la dette publique, espère économiser 10 milliards en étalant notre dette (rachat des dettes anciennes à des meilleures conditions de marché). Après soustraction de cette économie et addition du grand emprunt, nous atteignons un total d'environ 185 milliards empruntés en 2010.
Pari gagné de peu. Comme, l'Allemagne va emprunter 190 milliards en 2010, la France sera donc toujours bien vue auprès des investisseurs.
1,8% de PIB de déficit en plus
Mais nous avons brûlé toutes nos cartouches. Fitch, estimait dans un communiqué publié jeudi 19 novembre, que "le grand emprunt équivaut à 1,8% du PIB et pourrait conduire à un déficit à deux chiffres en 2010 si tous les fonds sont levés et aucune économie n'est réalisée par ailleurs. (Hors grand emprunt, la France prévoit un déficit de 8,5% de son PIB)".
Or, "la France est entrée dans la crise mondiale avec l'un des taux d'endettement parmi les plus élevés des pays notés AAA (…) et a été relativement épargnée par la crise financière", selon Fitch. Pas de circonstances atténuantes donc. La crise n'explique pas tout.
Pour l'agence de notation Moody's, la France garde sa note mais affaiblit sa position. "Le grand emprunt va accroître la vulnérabilité de la France face à une hausse des taux d'intérêt de long terme", souligne Pierre Cailleteau, chef économiste de Moody's International. En clair, si les banques centrales relèvent leurs taux directeurs situés à des plus bas historiques, les nouvelles dettes seront, elles, plus chères à payer et le stock total de notre dette encore plus lourd.
Austérité
Les agences de notation ou encore l'OCDE recommandent donc fortement au gouvernement "une stratégie d'assainissement des finances publiques" à moyen terme. En un mot: l'austérité.
La Commission européenne presse la France de revenir dans les limites du Pacte de stabilité en 2013. Christine Lagarde a déjà prévenu, ce sera en 2014. Pour rester dans les clous et réduire l'impact du grand emprunt sur les finances, la Commission Juppé-Rocard propose "de réduire les dépenses courantes à hauteur de la charge d’intérêts supplémentaire générée par l’emprunt national."
Sur le fond, le gouvernement reste encore hostile à une politique d'austérité. Nicolas Sarkozy s'est gardé durant toute la crise de lancer un débat sur les finances publiques jusqu'à l'annonce aujourd'hui d'une future conférence. Il est clairement fermé à l'idée d'une hausse d'impôt ou d'une réduction drastique des dépenses publiques. Au contraire, les temps sont encore aux baisses d'impôts comme la réduction de la TVA dans la restauration.Mais pour combien de temps?





















