Le grand emprunt prévoit de consacrer une large part de ses fonds à la recherche et aux universités:16 milliards d'euros prévus sur un budget total de 35 milliards comme le propose la commission Rocard-Juppé dans son rapport remis jeudi 19 novembre à Nicolas Sarkozy.

Plus précisément, il est prévu 10 milliards en dotation de capital pour des campus d'excellence regroupant chercheurs, entreprises et écoles; 3,5 milliards pour la rénovation des universités; 2 milliards pour des projets innovants et 500 millions pour les lycées et les internats scientifiques.

Le grand emprunt consacre-t-il vraiment un boom dans la R&D et l'économie du savoir?

"C'est un nouvel âge d'or qui commence pour la recherche et l'innovation", s'est félicitée Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ajoutant qu'avec "un niveau d'investissement de cette ampleur, la France fait le pari de la recherche et de l'intelligence pour sortir de la crise et le fait à hauteur qui est comparable à celle des Etats-Unis".

Le recul de la R&D en France

Mais pour le principal syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), la France a pris un gros retard. "Nous sommes l'un des quatre pays dont l'effort de recherche par rapport au PIB a significativement reculé depuis 1995: de 10%", explique le syndicat.

La France investit près de 40 milliards d'euros par an dans les dépenses d'innovation et de recherche dans le privé comme dans le public. Elle se place au 4ème rang des pays OCDE derrière les Etats-Unis (270 milliards), le Japon (118.295 milliards) et l'Allemagne (64 milliards), selon l'OCDE.

Mais par rapport au PIB, la France se classe à la 14ème place mondiale. Selon Eursostat, la part des dépenses de recherche et développement était de 2,08% en 2007 contre 2,19% en 2000 et de 2,10% en 2005. La France ne parvient pas à accroître autant ses efforts de recherche que la croissance.

Elle reste loin de l'objectif fixé par la stratégie de Lisbonne (2005) visant à faire de l'Europe le continent le plus en pointe dans la connaissance. La France se situe en dessous de la moyenne des pays OCDE (2,3%), des Etats-Unis (2,7%) ou encore de l'Allemagne (2,54%) et très loin des pays nordiques comme la Suède (3,60% du PIB) et la Finlande (3,47%) qui dépassent l'objectif de 3%.

Pour atteindre ce niveau, proche de celui des Etats-Unis (2,7%) il faudrait porter les dépenses de R&D à 60 milliards, soit 20 milliards de plus. Or le grand emprunt ne sera pas concentré sur une année. La France n'investira donc pas stricto sensu dans la même proportion que les Etats-Unis.

Mais la politique en faveur de la recherche et des technologies d'avenir n'est pas qu'une affaire de chiffres et de montants à investir, la qualité des chercheurs et la formation priment.

Gaspillage

Or, pour Henri Audier, porte-parole du mouvement Sauvons La Recherche, le grand emprunt opère une dichotomie entre dépenses d'avenir financées par le grand emprunt et dépenses de fonctionnement que le gouvernement cherche à réduire ou à freiner.

Le recrutement des chercheurs, la revalorisation des leurs salaires, les moyens alloués annuellement aux labos sont autant importants mais oubliés. "Il n'y a pas de technologie sans emploi", explique Henri Audier. Pour lui, "sans un effort considérable de formation, notamment de docteurs, de mise à niveau des moyens des établissements publics et de recrutement de jeunes, ce grand emprunt pourrait être un nouveau gaspillage".