Le grand emprunt promet 16 milliards pour la recherche et l'enseignement supérieur. Quels sont vos espoirs?

Si les arbitrages du Président vont dans ce sens, les sommes prévues pour la recherche seraient considérables. Ne soyons pas systématiquement négatifs. D'autant que l'on peut ajouter à ces 16 milliards les fonds prévus pour d'autres secteurs technologiques dans le grand emprunt. Ce sont donc plus de 16 milliards au total qui pourraient être alloués à l'innovation.

La commission Rocard-Juppé et le gouvernement semblent avoir enfin compris qu'il fallait miser sur les technologies de pointe pour la croissance de demain. Ce ne sont pas seulement des mesures du type baisse de la TVA dans la restauration qui vont permettre à la France de sortir de la crise. Jusqu'à cette annonce, rien concernant la recherche n'avait été prévu dans les plans de relance!

Quelles sont vos critiques?

D'abord, nous avons des doutes sur la méthode, nous craignons que le grand emprunt ne vienne créer une nouvelle structure administrative. Les fonds seront gérés par des fondations qui viendront s'ajouter aux conseils des Universités. Ils court-circuiteront les enseignants et les chercheurs. Par ailleurs, les députés n'auront pas non plus de contrôle sur ces dépenses.

Notre deuxième critique porte sur la stratégie suivie par le gouvernement qui dissocie le grand emprunt du budget de la recherche et de l'enseignement. Le premier financerait des dépenses d'investissements et le second des dépenses de fonctionnement comme la masse salariale. Il ne faut pas opposer les deux.

L'économie de la connaissance, c'est aussi former des gens, créer de la matière grise et pas seulement investir dans du "dur". Il n'y a pas de technologies sans emplois.

Or, la France est en retard. 10.000 doctorants sont formés par an en France contre 25.000 en Allemagne et 15.000 en Grande-Bretagne. Nous allons manquer d'ingénieurs dans les années à venir. Sans un effort considérable de formation, notamment de docteurs, de mise à niveau des moyens des établissements publics et de recrutement de jeunes, cet emprunt sera un nouveau gaspillage.

A côté du grand emprunt, le budget 2010 soutient-il la recherche?

Le point central de ce budget est qu’il n’y a pas de créations d’emplois. Tout se développera donc en CDD ou heures supplémentaires. Dans le même temps, partout se développe la précarité, facteur majeur de la désaffection pour les carrières de l’enseignement supérieur et de la recherche: les services du ministère prévoient une chute de 30% des doctorants d’ici dix ans.

En outre, nous constatons que l’effort de recherche les années précédentes a non seulement baissé par rapport au PIB, mais aussi en volume (en euros constants) et ce, pratiquement chaque année depuis 2002. Y compris en 2008 (-0,1%) malgré le 1,8 milliard supplémentaire annoncé par le gouvernement.

Que pensez-vous du crédit d'impôt recherche (CIR)?

Il montre d'abord que le gouvernement soutient avant tout la recherche privée.

Or, on ne sait pas à qui profite réellement cette niche fiscale. C'est un gros problème. Je ne suis même pas sûr que le ministre de la recherche sache où va l'argent, dans quelles entreprises ou même dans quelles branches. Le CIR engloutit pourtant des sommes colossales (2,5 milliards sont prévus pour 2010 dans le budget, NDLR). Pour autant, il n'y a pas eu de création d'emploi dans le privé.

De plus, deux rapports (NDLR: celui de la Cour des comptes et de l'Assemblée) viennent de mettre fortement en doute l’utilité de ce crédit d'impôt.