Devant ses homologues européens, réunis au conseil des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles, Christine Lagarde a annoncé que la France s'engagerait vers une réduction du déficit public en-dessous de 3% (Pacte de Stabilité) dès 2013 au lieu de 2014 si la croissance le permettait. Un voeu pieux.

D'une part, l'histoire montre que la France repousse régulièrement ces échéances et devient moins crédible dans ses engagements.

En juillet 2007, Nicolas Sarkozy s'était invité au conseil des ministres des Finances de la zone euro pour négocier un retour à un déficit de 3% d'ici à 2012 au lieu de 2010 comme s'y étaient engagés les autres pays européens de la zone euro en avril 2007. C'était aussi la promesse de Jacques Chirac, arrivé en fin de mandat.

La crise a changé la donne. Mais le dérapage des finances a été violent. Trop violent.

En février 2009, Bruxelles a lancé une procédure pour déficit excessif contre 6 pays dont la France. Après tractations, le 11 novembre dernier, Bruxelles a accordé un nouveau délai d'un an à la France, c'est-à-dire 2013. Jusqu'ici, Paris contestait la recommandation de Bruxelles qu'elle ne jugeait pas réaliste et s'engageait pour 2014.

Croissance "irréaliste"

D'autre part, la capacité de la France a atteindre cet objectif en 2013 et les conditions économiques nécessaires pour y parvenir sont minces.

En 2009, le déficit public va représenter 8,2% du PIB. Une baisse du déficit de 5 points de PIB constituerait un effort de plus de 100 milliards d'euros à réaliser en 4 (ou 5) ans. "On s'engage à réduire le déficit structurel d'au moins 1% (par an), sous réserve évidement de l'ensemble des conditions économiques", a expliqué Christine Lagarde.

Pour atteindre ce résultat, il faudrait une croissance très élevée, "irréaliste" de près de 5% sur 6 ans selon l'OFCE (l'organisme français de conjoncture économique). La croissance est prévue autour de 1% en 2010 et sera proche de 2% en 2011, selon les prévisions.

Pour assainir les finances publiques, le gouvernement français mise aussi sur une maîtrise accrue des dépenses publiques et sur des réformes structurelles pour augmenter la croissance, mais n'entend pas augmenter les impôts.

Nicolas Sarkozy a réaffirmé mardi qu'il "n'accepterait pas de politique de rigueur (qui) n'aurait aujourd'hui qu'un seul effet, casser la reprise". "En aucun cas je ne prendrai le chemin des augmentations d'impôts", a-t-il soutenu.

François Fillon doit présenter une stratégie de réduction du déficit au printemps 2010 pour atteindre l'objectif d'un retour du déficit à 3% d'ici à 2014. Le premier ministre pourrait évoquer des réductions fortes des dépenses, seule voie possible.