Dans la foulée de la décision de la Grande-Bretagne de taxer de 50% les bonus versés en 2009 par les banques qui opèrent sur son territoire, la France a également décidé d'appliquer une mesure similaire aux banques françaises, a fait savoir jeudi la présidence.Fini donc la bataille franco-britannique sur la nomination du français Michel Barnier à la commission européenne sur la régulation financière. Le Premier ministre britannique et le président français sont sur la même ligne cette fois-ci. Ils ont exposé leurs points de vue dans une tribune conjointe dans le Wall Street Journal jeudi.

Mais après la surprise créée par le gouvernement britannique de taxer les bonus, la France semble avoir été prise de court et a emboîté le pas à Gordon Brown. La taxation exceptionnelle des bonus 2009 fera l'objet d'une loi de finances rectificative présentée au Parlement au début de l'année 2010, a indiqué jeudi soir l'Elysée. Mais les détails de cette taxation sont toujours à l'étude. Lors d'une rencontre avec la presse, Christine Lagarde n'a pas encore donné d'indication sur les modalités de la création en France de cette taxe sur les bonus.

Cette taxation pourrait ne s'appliquer qu'aux bonus supérieurs à 27.000 euros (l'équivalent de 25.000 livres en GB) si la France copiait le modèle anglais. Mais au niveau de l'assiette et des taux, rien n'est fixé. "Ce ne sera pas tout a fait la même chose parce qu'en France, on a une taxe de 14% sur les salaires, pas au Royaume-Uni. Il faudra donc en tenir compte", a-t-on expliqué à l'Elysée.

En attendant les autres

Paris et Londres espèrent que les autres pays abritant les grandes places financières les suivront.

"Dans la décision que nous prenons ensemble Gordon Brown et moi, nous attendons que les autres fassent de même parce que nous sommes dans un monde mondialisé et, par conséquent, nous avons décidé de montrer le chemin ensemble", a expliqué Nicolas Sarkozy. Le chef du gouvernement britannique a lui aussi assuré qu'il existait "un soutien croissant à cette mesure". "Nous avons ouvert la voie en essayant de mettre en place un système global de supervision qui soit applicable par tous les centres financiers mondiaux", a relevé Gordon Brown.

Christine Lagarde a également estimé que les Etats-Unis partageaient cette vision des choses, évoquant les déclarations du secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, qui a jugé qu'"il faut en finir avec l'ère des gros bonus bancaires irresponsables".

La ministre française s'est enfin dite "confiante" sur la perspective d'un accord avec les autorités allemandes sur la création de cette taxe au niveau européen afin que les banques soient traitées sur un pied d'égalité.

L'Allemagne avance

Le ministère allemand des Finances a indiqué vendredi que l'engagement des principales banques du pays à encadrer le versement de bonus à leurs salariés était une mesure transitoire, avant que Berlin ne légifère sur le sujet.

Au printemps 2010, le gouvernement prévoit d'amender la loi sur le contrôle du secteur du crédit et des assurances, selon le communiqué, qui ne précise toutefois pas dans quel sens iront les modifications.

La veille, M. Schäuble avait clairement défini les règles retenues par le G20 de Pittsburgh comme la ligne directrice de ses réflexions sur le sujet.

Les règles définies par le sommet G20 qui s'est tenu à Pittsburgh, aux Etats-Unis, en septembre, prévoient par exemple le versement différé dans le temps des bonus, avec une partie importante en titres, la restriction des bonus garantis ou encore la possibilité de reprise en cas de mauvais résultats les années suivantes. La rémunération des banquiers est sur la sellette depuis le déclenchement de la crise financière en 2008.

L'engagement des banques allemandes concerne les plus grands instituts du pays, parmi elles Deutsche Bank, Commerzbank, la filiale d'Unicredit Hypovereinsbank et les principales banques publiques régionales, ainsi que trois assureurs (Allianz, Munich Re et Talanx).