Nicolas Sarkozy vient d'annoncer que l'Etat mobiliserait dans le cadre du "Grand emprunt" 35 milliards d'euros destinés à l'enseignement supérieur, la formation et la recherche, l'industrie et les PME, le numérique et le développement durable, le tout dans "un effort de cohérence". Le rapport de la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt avait identifié sept "axes prioritaires d'investissements d'avenir".

"Nous avons donc décidé de mobiliser 35 milliards d'euros qui seront exclusivement consacrés aux priorités d'avenir, conformément aux recommandations d'Alain Juppé et de Michel Rocard", a déclaré M. Sarkozy en préambule à une conférence de presse à l'Elysée.

Le grand emprunt permettra au total de générer "60 milliards d'euros d'investissements publics et privés" grâce à des financements privés, locaux et européens, a déclaré Nicolas Sarkozy. Avec la part publique de 35 milliards, "ce sont 60 milliards d'euros d'investissements publics et privés que nous allons déclencher dans cinq domaines prioritaires", a-t-il soutenu.

"Aujourd'hui, nous devons préparer la France aux défis de l'avenir pour que notre pays puisse profiter pleinement de la reprise, pour qu'il soit plus fort, plus compétitif, pour qu'il créé davantage d'emplois", a-t-il plaidé.

22 milliards à 3,5%

"Il nous faut investir pour rattraper le retard dû à la crise. C'est de l'investissement que naît le progrès technique, moteur de la croissance", a insisté le chef de l'Etat, déplorant que la part des investissements dans la dépense publique ait chuté depuis 1974 de 12,5% à 7,5%. "Nous avons constamment sacrifié l'investissement, c'est une faute", a-t-il insisté.

22 milliards seront levés sur les marchés dans les "meilleures conditions", a expliqué le président de la République citant un taux d'intérêt à 3,5%. Pour lui, solliciter les Français aurait coûté à l'Etat 1 milliard de plus dans la mesure où il aurait fallu proposer de meilleures conditions que celles déjà assurées par l'assurance-vie.

Il a par ailleurs confirmé que les 13 milliards d'euros récemment remboursés à l'Etat par les banques qui avaient reçu de l'aide publique pour surmonter la crise seraient également affectés aux investissements d'avenir.

Première priorité

Première priorité de ces investissements: l'enseignement supérieur qui recevra au total 11 milliards d'euros.

Nicolas Sarkozy entend en premier lieu avoir "les meilleures universités du monde" et consacrera 8 milliards d'euros à cet objectif. Nicolas Sarkozy a affirmé lundi que la France entendait avoir "les meilleures universités du monde" en y consacrant 8 des 35 milliards d'euros du Grand emprunt.

M. Sarkozy a indiqué qu'il s'agissait de "faire émerger une dizaine de campus d'excellence avec les moyens, la taille critique, les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales". "Huit milliards d'euros y seront consacrés selon des critères stricts définis par un jury international", a-t-il enchaîné.

"Ces universités recevront après un processus de sélection rigoureux et peut-être même une période probatoire, des dotations aux alentours (...) d'un milliard d'euros chacune en pleine propriété", a-t-il détaillé. "Ces sommes seront consacrées à l'achat d'équipements de pointe mais l'essentiel permettra de doter les universités bénéficiaires d'un capital générateur de revenu", a poursuivi le chef de l'Etat.

Cette mesure, selon lui, est "à l'image de ce qui se fait dans les pays dont les universités sont au premier rang de la performance mondiale" et permettront à ces universités d'être dotées "pour la première fois" de fonds propres.

L'Etat va aussi consacrer "un milliard d'euros tout de suite pour créer à Saclay un gigantesque campus regroupant sur un seul site les écoles de Paris Tech aujourd'hui dispersées dans la capitale, ainsi que l'Ecole centrale de Paris, l'Ecole normale de Cachan et l'Université Paris XI", a déclaré le chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy a en outre déclaré que 1,3 milliard d'euros seraient consacrés à "compléter et accélérer le plan campus, qui atteindra au total 5 milliards d'euros comme je m'y étais engagé".

Deuxième priorité

La Santé et les biotechnologies se verront attribuer 2,5 milliards d'euros (sur les 8 milliards mobilisés pour la recherche) qui seront affectés à la recherche sur le cancer, les maladies génétiques et le Sida. Nicolas Sarkozy a aussi annoncé ce lundi que 850 millions d'euros seront affectés à la création d'Institut hospitalo-universitaires (IHU) avec un premier appel d'offres courant 2010. Les cinq premiers IHU "d'excellence mondiale" seront alors sélectionnés".

"La France a des laboratoires de pointe", a expliqué le chef de l'Etat, mais "nous souffrons de la dispersion des efforts et du cloisonnement trop fréquent entre la recherche et le monde économique". "Nous allons donc développer les équipements de recherche, muscler les pôles de compétitivité, accroître nos efforts dans des domaines aussi vitaux que les biotechnologies et les nanotechnologies", a précisé M. Sarkozy.

Insistant sur "deux dimensions essentielles" il a cité d'une part la "valorisation" des brevets industriels et d'autre part "la santé et les biotechnologies". "Nous sommes les champions sur les découvertes mais très en retard sur les brevets ou les dépots de brevets", a-t-il dit.

Pour "amener les travaux de nos labos vers les applications industrielles nous allons y consacrer 3,5 milliards d'euros sur l'enveloppe des 8 mds", pour "doter en capital un petit nombre de sociétés de valorisation implantées sur les grands campus".

Troisième priorité

L'industrie et les PME recevront, elles, 6,5 milliards d'euros sachant qu'un milliard sera réservé aux conclusions des Etats généraux de l'Industrie.

"On a perdu des parts de marchés, non pas sur les nouveaux émergents, non pas sur le Brésil, l'Inde, la Chine, mais sur nos voisins européens", a souligné M. Sarkozy, rappelant avoir déjà fourni un "effort massif sur l'industrie" depuis 2007 avec le crédit d'impôt recherche.

"Notre compétitivité s'est érodée. La part des exportations françaises dans la zone euro a reculé de 20% au cours des 10 dernières années", a-t-il fait valoir. Et même si cette année "notre déficit commercial diminuera d'au moins 10 milliards d'euros par rapport à 2008", "c'est insuffisant", a-t-il ajouté.

Le Grand emprunt visera à "aider les filières d'excellence à préparer l'avenir", a précisé le président, en citant l'aéronautique, le spatial, l'automobile, le ferroviaire et la construction navale.

Quatrième priorité

Le chef de l'Etat a en outre évoqué "5 milliards d'euros d'investissement public supplémentaires, qui s'ajouteront aux 7 milliards d'investissement de l'Etat prévus chaque année jusqu'en 2020 dans le cadre du Grenelle de l'environnement" pour financer les projet porteurs dans le développement durable.

"Nous allons donc lancer le développement des réacteurs nucléaires de 4e génération, un milliard d'euros, qui recycleront l'uranium et le plutonium et produiront beaucoup moins de déchets", a-t-il détaillé.

"Nous allons affecter 2,5 milliards d'euros à l'Ademe (NDLR: Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) qui sélectionnera ensuite les meilleurs projets présentés par les laboratoires dédiés aux énergies renouvelables, à l'Institut français du pétrole, au CNRS, dans les universités ou au CEA", a dit Nicolas Sarkozy.

"Le CEA a un savoir-faire technologique inégalé dans le nucléaire, mais il nous permet de figurer au premier rang de la recherche mondiale dans le domaine solaire des biocarburants ou le stockage d'énergie", a poursuivi le président de la République. "Demain je souhaite qu'il approfondisse encore ces orientations en faveur des autres énergies décarbonnées (...) Le CEA va donc devenir le commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives", a-t-il annoncé.

Cinquième priorité

Dernier chantier d'avenir: l'économie numérique qui recevra pour sa part 4,5 milliards d'euros.

"Le premier effort", selon Nicolas Sarkozy, sera d'assurer la couverture du territoire en haut débit. Un plan de développement sera présenté par le gouvernement "dans les prochains jours", a assuré le président de la République.

750 millions d'euros seront en outre alloués à la valorisation de notre patrimoine culturel et plus précisément la "numérisation des contenus de nos musées, de nos bibliothèques, de notre patrimoine cinématographique".

Réduction de la dépense publique

Ce Grand emprunt est à placer dans "une stratégie de réduction globale de nos dépenses publiques" compte tenu du fait qu'"avec la crise, les dettes publiques se sont alourdies dans tous les pays développés".

"Les fonds mobilisés seront clairement distincts de ceux du Budget de l'Etat" et affectés à un organisme clairement identifié chargé d'assurer leur suivi, a insisté Nicolas Sarkozy avant d'annoncer l'organisation d'une conférence sur la rédaction des déficits publics en janvier prochain.