Plus de postes dans les services, plus de contrats de travail courts, plus de femmes, mais moins d'emplois dans l'industrie ou d'accidents du travail: l'emploi a largement mué en France depuis 1975, comme le détaille l'Insee dans un ouvrage paru jeudi 20 novembre. Entre 1975 et 2007, la France a gagné 3,5 millions d'emplois, au rythme moyen de 110.000 créations nettes par an, pour atteindre 25,6 millions en 2007, mais la population active a crû de 5 millions. Un écart représentant "près d'un million et demi de chômeurs en plus", note l'ouvrage sur les "nouveaux enjeux" de l'emploi.
Insuffisance
Si, globalement, le chômage est revenu au niveau du début des années 1980, "la France reste confrontée à une insuffisance d'emplois et aux conséquences d'un certain dualisme du marché du travail qui enferme une partie de la population active dans des emplois précaires", selon l'institut. Mais "il ne suffit plus de s'attacher à créer ou sauvegarder des emplois, il faut aussi veiller à en garantir la qualité", ajoute-t-il.
Tertiaire
En trente ans, l'expansion du tertiaire a "plus que compensé" le recul de l'industrie en France. Moins d'un salarié sur six travaille dans l'industrie, contre plus d'un sur quatre en 1975. A l'inverse, le tertiaire rassemble les trois quarts des actifs occupés, contre la moitié en 1975. Parallèlement, s'est produit une montée en qualifications, avec "beaucoup plus" de cadres et de professions intermédiaires, mais moins d'ouvriers. Plus d'un actif sur cinq occupait cependant un emploi peu qualifié en 2005.
Moins d'ouvriers
Les statuts et les formes d'emploi se sont aussi transformés avec une réduction du travail indépendant et une multiplication des contrats courts. La France a connu une "érosion lente mais relativement continue de la norme d'emploi typique représentée par le CDI et le temps plein". Ainsi, 12,3% des actifs occupés étaient en CDD, en intérim, en stage, en contrat aidé ou en apprentissage en 2007, contre 5,4% en 1982. Et le temps partiel a presque doublé puisqu'il touchait plus de 17% des actifs occupés, contre 9%.
Hausse des maladies professionnelles
Le salariat a progressé "depuis 50 ans", de sorte que la quasi-totalité de la génération née entre 1965 et 1974 a débuté sa vie professionnelle comme salariée. Et "plus d'un tiers des personnes aujourd'hui à la retraite ont changé de statut (public, privé, indépendant) au cours de leur carrière". Les conditions de travail ont connu "une évolution contrastée": pas de baisse de la pénibilité physique, développement des horaires atypiques, hausse de l'intensification du travail pour les ouvriers mais stabilité pour les autres, marges de manoeuvre accrues. Alors que les accidents du travail ont décru lentement, "les maladies professionnelles sont en forte hausse depuis 15 ans, notamment les cancers et les troubles musculo-squelettiques", note l'Insee.
Une seule génération
La population en emploi est plus féminine (près de la moitié des actifs occupés en 2007 contre un tiers en 1962) et mieux formée. Mais de "fortes différences" persistent entre hommes et femmes en défaveur de ces dernières (plus de temps partiel, plus d'emplois précaires, etc). Cette population est aussi très concentrée sur la tranche 25-54 ans, selon un modèle "consistant en quelque sorte à ne faire travailler qu'une seule génération à la fois". "C'est l'une des raisons -peut-être la principale- qui explique chez nous la forte vulnérabilité des jeunes au chômage lors de leur entrée sur le marché du travail et les sévères difficultés de reclassement des chômeurs âgés", selon l'Insee.




















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