Au cours du week-end du 15 au 16 novembre, des pirates somaliens se sont emparés du Sirius Star, superpétrolier saoudien, transportant 2 millions de barils et ses 25 membres d'équipage. Les pirates exigent une rançon de 25 millions de dollars. Cette escalade de la piraterie inquiète fortement la marine marchande, déjà affectée par un ralentissement des échanges mondiaux. Devant l'explosion "incontrôlable" de la piraterie au large de la Somalie et dans le golfe d'Aden, le Bureau maritime international (BMI) a lancé mercredi 19 novembre, un cri d'alarme et appelé la communauté internationale à intervenir pour enrayer le fléau. Le général Pierre de Saqui de Sannes, conseiller institutionnel France-Afrique pour le groupe CMA-CGM nous explique comment le leader français du transport maritime conçoit la menace.
Comment le groupe intègre t-il le risque de piraterie dans son activité?
Tout d’abord, il faut savoir que malgré la récente prise d’otages du Ponant, navire de croisière appartenant a notre filiale CIP, les actes de piraterie sont rares dans notre secteur. En effet, les porte-conteneurs sont par définition moins vulnérables que les autres navires (voiliers, vraquiers, pétroliers) en raison de leur franc bord important et de leur vitesse.
Parmi ces moyens mis en œuvre pour prévenir et lutter efficacement contre d’éventuelles attaques, citons en mer: l’utilisation de la vitesse maximum dans les zones à risque, des plans de sûreté par navire validés par l’autorité du pavillon et revus annuellement, des exercices annuels et mensuels avec simulation d’actes de piraterie, des mesures de protection physiques, des évaluations sécuritaires hebdomadaires envoyées à tous les navires de la flotte…Au siège, nous observons une surveillance permanente de notre la flotte par le "Fleet Center" (contrôle interactif des navires se situant dans une zone dangereuse), une équipe de 20 personnes dédiée à la sécurité/ sûreté au siège, en contact permanent avec les autorités, une ligne d’urgence Sécurité/sûreté 24h/24, la participation au Protocole de Contrôle Naval volontaire….
Envisagez-vous de modifier les routes maritimes des navires par le Cap de Bonne Espérance?
Pas pour le moment. Le golfe d’Aden est une route maritime incontournable. Chaque jour, plus de 1000 navires y transitent. Passer par le cap de Bonne Esperance consisterait a doubler les temps de transit. Dans le contexte actuel, c’est une décision lourde, mais que l’on ne s’interdit pas si aucune mesure n’était prise par les états pour lutter contre ce phénomène.
Les navires seront-ils escortés par les forces armées européennes?
A notre demande, une escorte du navire est prévue par la Marine Nationale française lors des transits aller et retour du navire de croisière le Ponant, de notre filiale la CIP, dans le Golfe d'Aden. Pour nous, faire le transit avec notre navire de croisière sans escorte n’est pas envisageable.
Peut-on estimer un coût global de la piraterie pour la marine marchande?
Si la sécurité n’a pas de prix, elle a un coût: au niveau des assurances, des personnels et des équipements. Ce coût est difficile à isoler et à évaluer, mais il est réel. Pour Le Ponant, navire de croisière de la CIP, le navire a bien sûr été immobilisé et plusieurs croisières ont été annulées. Par ailleurs, si les activités commerciales de nos porte-conteneurs ne sont pas directement impactées pour l’instant (car nos navires sont moins vulnérables) elles pourraient le devenir si les attaques s’intensifient. Si l’on ne parvient pas à contenir la piraterie, c’est l’ensemble du commerce international qui en sera pénalisé.






















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