Les industriels profitent-ils de la crise pour licencier? Au vu du nombre d'annonces ses dernières semaines, les économistes sont partagés. Pour certains, les groupes en anticipant la durée de la crise ajustent dès à présent leur masse salariale, parfois plus que nécessaire en prévision du durcissement de la conjoncture. Mais pour Olivier Gasnier, économiste au sein de la Société Générale, les entreprises ne suppriment pas des postes de manière extravagante car elles font face à un changement brutal de leur environnement. Et le pire est à venir.
"Structurellement l'emploi industriel se contracte depuis plusieurs années, dans l'automobile, par exemple, il est évident que la tendance est à la baisse. Depuis 2001, l'emploi dans l'industrie en France recule de 2% par an en moyenne. En 2007, en glissement annuel, 50.000 emplois ont été supprimés", explique Olivier Gasnier. En 2008, au troisième trimestre, 14.000 emplois ont déjà été détruits, un chiffre qui devrait se creuser avec les dernières suppressions de postes annoncés par les groupes, notamment automobile.
Intérim et CDD premiers touchés
Mais pour l'heure, même si la crise prend une ampleur exceptionnelle, les groupes ne licencient pas, au sens juridique du terme. En effet, les entreprises jouent sur le volume des intérimaires, les CDD et les départs volontaires. Des variables d'ajustement importantes dans l'industrie, "les intérimaires sont passés de 300.000 dans les années 90 à 650.000 aujourd'hui, ce qui représente 4% des salariés. Les CDD, eux, ont vu leur durée se raccourcir. "En 2000, 36% des contrats signés étaient inférieurs à un mois, aujourd'hui ce sont 58% des contrats", détaille Eric Heyer, directeur adjoint du département analyses et prévisions de l'OFCE.
Ajustement immédiat
Et l'accroissement du nombre de salariés intérimaires a changé la donne dans la crise actuelle. "Avant, il y avait un décalage de six mois entre la crise et les mesures prises par les entreprises. Et les groupes jouaient d'abord sur les heures supplémentaires avant de se séparer de la main d'œuvre. Mais avec la défiscalisation des heures supplémentaires, et la flexibilité du travail, les entreprises ajustent immédiatement leur masse salariale", explique Eric Heyer.
Les premiers touchés: les jeunes (CDD) et les seniors (dans les plans de départs volontaires). Cette dualité "reste le problème majeur en France, les jeunes arrivent trop tard sur le marché du travail et les seniors en partent trop tôt", estime le directeur de l'OFCE. Surtout, les plans volontaires annoncés par Renault et PSA Peugeot Citroën basés principalement sur les départs volontaires ne vont pas arranger la situation. Une nouvelle qui ne ravit pas le gouvernement qui a imposé le départ à la retraite à 70 ans pour les volontaires, et pousse les entreprises à maintenir les seniors dans l'entreprise.














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