La situation économique guadeloupéenne est à l'origine du conflit contre "la vie chère", lancé le 20 janvier par le "collectif contre l'exploitation " (LKP).
Patrick Karam, guadeloupéen, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer résume ainsi la crise actuelle: "Que voit le Guadeloupéen après 60 années de départementalisation? Des prix plus élevés que dans l'hexagone, un revenu par habitant très inférieur à la moyenne nationale, des enfants surdiplômés au chômage, et des métropolitains qui occupent des postes de cadres dans le privé comme dans la haute fonction publique étatique".
Question chômage, les chiffres parlent d'eux même. En Guadeloupe, le taux de chômage a atteint 22% au dernier trimestre 2008, selon l'INSEE, contre 7,2% en métropole. Les plus jeunes sont en effet particulièrement touchés. En 2007, le taux de chômage culminait pour eux à 39,8%. De plus, 8% de la population guadeloupéenne touche le RMI contre 2% pour la France entière.
En matière de revenus, la situation est aussi tendue. Le revenu médian est supérieur en métropole qu'en Guadeloupe, 17.083 euros contre 16.063 euros, selon l'INSEE. L'Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM) souligne, par ailleurs, une augmentation significative au troisième trimestre 2008 des confiscations de cartes bancaires (+22,3%, +16,4% en cumul sur 9 mois), comme des personnes interdites bancaires (+1,7%, +0,3% en glissement annuel), ce qui "dénote un accroissement de la vulnérabilité des ménages" sur l'île.
Quant à la fonction publique, près de 39% de la population active y travaille en Guadeloupe, avec des sur rémunérations de 35 à 40% pour les fonctionnaires titulaires.
Par ailleurs, les prix sont effectivement traditionnellement plus élevés qu'en métropole. De surcroît, en septembre 2008, l'IEDOM notait une hausse de 3% de l'indice des prix sur 12 mois, soit la plus forte progression enregistrée en trois ans. Sur le seul troisième trimestre qui a observé une inflation de 1,7%, l'évolution résulte en partie de la croissance de 5,8% des prix de l'énergie (produits pétroliers +5,6%). Le coût d'acheminement d'un conteneur et l'octroi de mer (vieille taxe sur l'importation) n'expliquent certainement pas tout.
L'Autorité de la concurrence a d'ailleurs été chargée de mettre la situation au clair. Cette dernière va établir "avant l'été" un état des lieux et des "propositions" sur les prix dans les départements d'outre-mer, notamment sur les carburants et produits de grande consommation. "Il faut regarder pourquoi les prix sont très différents en métropole et outre-mer. Il y aura un relevé des prix pour faire un constat. Mais le plus important c'est le pourquoi, ce qui suppose de regarder toute la chaîne: l'importation, le dépôt, le stockage, la distribution, et de voir à chaque étape de la chaîne si elle fonctionne de manière suffisamment concurrentielle," a déclaré le président de l'Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre.
Les manifestants dénoncent en effet entre autre une concentration des pouvoirs économiques dans les mains d'une minorité. La députée du Parti radical de gauche de la Guyane française, Christiane Taubira, a dénoncé un système guadeloupéen qui "frôle l'apartheid social", où "une caste détient le pouvoir économique et en abuse", dans une interview au Journal du Dimanche.
Roger de Jaham, président-fondateur de "Tous créoles", tente de relativiser les choses. Il a publié une liste pour montrer, par exemple, que si un quart de la grande distribution est entre les mains des békés, le reste appartient à des familles mulâtres, noires ou d'origine chinoise qui ont fait fortune.




















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