Les Français continuent à consommer. Et c'est une bonne nouvelle dans la mesure où l'économie française repose sur la consommation, comme le rappelle Alexander Law, économiste chez Xerfi. Pour autant, il analyse cette hausse comme étant mécanique, liée à la désinflation qui augmente le pouvoir d'achat des ménages. Celui-ci a nettement progressé au 4e trimestre 2008 et a suivi la même tendance au 1er trimestre 2009. D'où le fait que le gouvernement ait fait le choix de ne pas mettre en place un plan de relance par la consommation.
Aujourd'hui, la France est toujours sur cette lancée. Mais pour combien de temps? "Les indices laissent penser que fin 2009, début 2010, on va avoir un solide retour de bâton", explique Alexander Law, très inquiet. En premier lieu, il fait valoir que le marché des matières premières montre des premiers signes de tension. Les prix augmentent mois après mois et il se peut que cela aboutisse à une augmentation rapide des cours du pétrole. Ce qui aura un effet sur les prix pour le consommateur.
En outre, comme l'inflation a été faible en 2009, les revalorisations salariales du début d'année 2010 seront basses. Et les plans sociaux annoncés fin 2008 et début 2009 deviendront effectifs en fin d'année 2009 ce qui conduira à la destruction de 500.000 à 1 million d'emplois, argumente Alexander Law. Dans ce contexte, les ménages français vont avoir recours à une épargne de précaution et feront moins appel au crédit. Ce qui fait dire à l'économiste de Xerfi que la consommation va encore tenir entre deux et quatre mois. Peut-être six dans le meilleur des cas.
D'autant qu'à ses yeux, la prime à la casse a vraiment eu un double effet pervers. Elle a anticipé des achats de véhicules qui auraient dû avoir lieu plus tard ce qui conduira à un blocage du marché automobile en 2010, date à laquelle elle s'arrêtera. En outre, elle a conduit les ménages à faire des arbitrages en faveur de l'automobile. Or ce qui est dépensé dans l'achat d'une voiture ne l'est pas ailleurs.
"Le second semestre sera plus difficile pour la consommation. Les conséquences de la hausse du chômage vont se faire sentir de plus en plus, y compris sur des marchés comme l'immobilier, le mouvement de désinflation va toucher à sa fin (même si on n'a pas encore touché le point bas) et l'impact marginal de la prime à la casse va s'étioler peu à peu même s'il y a un petit sursaut avant sa suppression", résume également Olivier Gasnier de la Société générale, interrogé par Reuters.
Pour Marc Touati, de Global Equities, "si l'augmentation du chômage et la légère remontée des prix du pétrole amoindriront inévitablement les dépenses des ménages, il est clair que la baisse des taux d'intérêt, la poursuite de la faiblesse de l'inflation et un taux d'épargne à quasiment 16% empêcheront la consommation de s'effondrer. "Si certains l'ont oublié, les ménages français nous rappellent simplement que les crises sont toujours des phases d'opportunités. En matière de consommation, ces opportunités résident à la fois dans la baisse des prix et dans l'utilisation d'une épargne pléthorique et faiblement rémunérée", a-t-il indiqué à Reuters.
Mais même faiblement rémunérée, l'épargne constitue un coussin de sécurité pour l'avenir. Alexander Law estime donc nécessaire de créer un déclic psychologique incitant les Français à consommer. "Il faut susciter une préférence pour le présent", défend-il. Et avec des taux d'intérêt très bas sur l'épargne, c'est un premier pas en ce sens dans la mesure où l'on consomme quand on n'a rien de plus intéressant à faire avec son argent. Ce ne sera toutefois pas suffisant.
Il préconise donc des mesures budgétaires dans la lignée de l'indemnisation du chômage partiel. A ce titre, il avance l'idée de bons d'achats pour les plus défavorisés par exemple. Et l'idée de demander à l'Etat de puiser encore davantage dans les caisses vides de l'Etat n'est pas un réel problème à ses yeux. Déjà, avec toutes les mesures de relance enclenchées en décembre dernier, nous avons durablement creusé le déficit de l'Etat. C'est un fait. Et comme le pacte européen de stabilité qui prévoit un déficit maximum de 3% du PIB a déjà été violé, il n'a plus de crédibilité, analyse Alexander Law. Cela laisse des possibilités. D'autant qu'à ses yeux, un effondrement de la consommation aurait en France des effets bien pires que ceux d'un déficit budgétaire excessif. Il "faudra donc agir dès les premiers signes", prévient-il. Sachant toutefois que "le pire n'est jamais certain".

















Se réfère à