E24 - En 2009, le déficit de la Sécurité sociale risque de doubler à 20 milliards d'euros. Que faut-il faire?
Gérard Cornilleau - Rien. Il serait très grave de chercher à réduire ce déficit, on ne ferait qu'approfondir la crise. Pour comprendre, il faut bien distinguer deux déficits: un déficit structurel et un déficit conjoncturel complètement lié aux effets de la crise. La montée du chômage a réduit fortement la masse salariale et les cotisations sociales, il est donc logique que le trou de la Sécu se creuse. Le système de protection sociale joue ici tout son rôle d'amortisseur de la crise. Il est urgent de ne pas agir car les prestations de la Sécurité sociale permettent de protéger le niveau de vie et l'emploi. Il vaut mieux voir les comptes de la Sécurité sociale se dégrader que de voir le chômage exploser.
Ce déficit pose t-il un risque pour l'avenir de la Sécurité sociale?
Il faut espérer que la crise ne dure pas trop longtemps. Mais ce n'est pas en résorbant le déficit qu'on sortira de la crise économique. Le déficit de la Sécurité sociale n'est pas responsable de la crise. Au contraire! Ce sont les secteurs financier et bancaires qui sont les seuls responsables de la crise économique et qui font supporter un coût énorme aux régimes de la Sécurité sociale. Commençons par les réformer.
Les générations futures devront-elles payer pour nous le déficit et la dette sociale?
D'une part, la dette sociale ne représente qu'une toute petite partie de la dette de la France au sens de Maastricht [NDLR: en 2008, la dette de la Sécu représentait 1,8% du PIB, la dette de l'Etat comptait pour 53,1% et la dette totale de la France (Etat+Collectivités locales+ Sécu) s'élevait à 68% du PIB]. D'autre part, il est tout à fait nécessaire de résorber le déficit structurel de la Sécurité sociale qui entraîne une accumulation de dettes. Cette partie du déficit chronique est mauvaise pour les générations futures.
Que préconisez-vous?
Il faut isoler le déficit et la dette liés à la crise économique du déficit et de la dette structurelle. Pour cela, les recettes affectées au financement de la Sécurité sociale (cotisations, CSG, impôts et taxes) ne devraient pas être calculées sur les ressources courantes (qui varient selon la conjoncture) mais devraient correspondre au montant des recettes qui existeraient en situation de plein emploi. Ainsi, on pourrait isoler les effets conjoncturels d'accroissement des déficits. Pour que le déficit structurel disparaisse, il faudrait en revanche inexorablement augmenter les recettes. La résorption du déficit structurel correspondrait environ à une augmentation de 1 à 1,5 points de CSG.




















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