Tout juste 10 ans après la première catastrophe, le département des Landes est de nouveau ravagé par les vents. La tempête Klaus et ses rafales de plus de 180 km/h ont balayé quelques unes de plus grosses régions forestières du pays: l’Aquitaine, le Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon. "On s'est donné jusqu'à la fin de la semaine pour évaluer les dégâts. Lundi prochain, l'interprofession présentera son plan stratégique pour la filière", a déclaré Eric Dumontet, secrétaire général adjoint du Syndicat des Sylviculteurs du Sud Ouest à Reuters.
Mais les exploitants de bois redoutent déjà un bilan plus lourd qu’en 1999. La tempête avait alors abattu 270 millions d’arbres et anéanti trois ans de récoltes. Dans les massifs des Landes et du Sud de la Gironde, la tempête Klaus a ravagé près de 60% de la forêt, selon le syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest. "Ailleurs, les dégâts sont également importants mais moins concentrés", affirme le directeur-général de l'Office national des forêts, Pierre-Olivier Drège. "Il nous faut un fonds spécifique d'indemnisation et de restauration, ce qui nous a manqué à la suite de la tempête de 1999", a-t-il ajouté à l'issue d'une réunion d'urgence des professionnels du secteur à la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt (Draf) à Bordeaux.
Devant l’ampleur du désastre, le ministre de l’Agriculture Michel Barnier a bien promis un "plan global" en faveur des forêts et de la filière, qui emploie près de 450.000 personnes au niveau national dont 34.000 en Aquitaine dans la filière du pin (sylviculture, papeterie, emballages, scieries, charpente, menuiserie, meubles). Il devrait permettre "d'assurer la récupération des bois abattus, le stockage et la valorisation de ces bois et d'organiser la reconstitution du patrimoine forestier", selon le ministère de l’agriculture.
Les professionnels du bois ne sont pas rassurés pour autant. La tempête intervient alors que la filière forestière souffre du ralentissement économique mondial. "Au delà des effets d’annonce, j’attends de voir les mesures concrètes", s’exclame Olivier Chaillot, directeur général de l’association interprofessionnelle de la filière bois en Midi-Pyrénées. Comme la plupart des acteurs de la filière, il s’inquiète d’abord du ramassage des arbres et de l’accumulation des stocks de bois. "Comme c’est du bois qui n’est pas vendu, qui va payer le travail des forestiers, qui va payer le temps de stockage?", s’interroge-t-il.
Les stocks de bois sont non seulement coûteux mais surtout difficiles à écouler. En 1999, une forte demande avait permis de vendre rapidement tout le bois accumulé après la tempête. Dix ans plus tard, la situation est sans commune mesure. En premier lieu, l'Espagne, en plein essor immobilier en 1999 est aujourd'hui le pays européen le plus touché par la crise économique. Il sera difficile de lui vendre du bois. D'autant que la concurrence s'est accrue sur le marché européen avec le ralentissement du marché de la construction aux Etats-Unis. Les fournisseurs de bois, ne trouvant plus suffisamment de débouchés outre-Atlantique, se rabattent sur l'Europe. "Les entreprises françaises ont de plus en plus de mal à écouler leurs produits", constate amèrement Caroline Berwick, déléguée de l’association interprofessionnelle Arfobois dans le Languedoc Roussillon.
Sans compter la qualité. Les arbres abattus par la tempête sont souvent trop jeunes ou abîmés. Ils ne pourront pas servir à fabriquer des meubles et seront tout justes bons à faire de la pâte à papier dans un contexte de baisse de la demande. Certes, le Grenelle de l’Environnement a ouvert de nouveaux débouchés pour la filière dans les secteurs de la production d’énergie ou de l’isolation des bâtiments. Lors de sa visite de terrain dimanche 25 janvier, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs suggéré de "faire de la crise une opportunité pour accélérer le développement de l'énergie renouvelable autour de toute la filière forestière".
L’idée est bonne sur le papier mais elle est impossible à mettre en œuvre rapidement faute d'usines adéquates, selon les professionnels. "Les systèmes de production d’énergie à base de biomasse ne sont pas sortis de terre", explique Olivier Chaillot. Pour autant, la filière du bois a commencé sa mutation en investissant lourdement. Ce qui la fragilise davantage aujourd'hui.
En attendant des solutions, les problèmes demeurent. Pour les résoudre au moins partiellement, Alain Rousset, président socialiste du Conseil régional d'Aquitaine, rencontrera mercredi 28 janvier à Bruxelles la commissaire européenne à la Politique régionale, Danuta Hübner, pour demander l'activation du Fonds de solidarité de l'Union européenne en faveur des filières forestières et agricoles.

















Se réfère à