Le cours du brut enfonce plancher après plancher et les consommateurs se mettent à rêver d’un baril à 10 dollars comme il y a dix ans. Ils vont vite déchanter. La récession qui s’installe depuis quelques mois dans plusieurs grands pays occidentaux fait naturellement baisser la demande et le prix - il a baissé de moitié depuis l’été - mais les tendances lourdes n’ont pas changé. Le pétrole sera de plus en plus rare et de plus en plus cher. Pour une série de raisons.

1- D’abord, dans l’immédiat, l’Opep va baisser sa production pour s’efforcer de maintenir des cours élevés. Les pays modérés de l’organisation, soucieux de ne pas fâcher les Etats Unis, vont calmer les ardeurs de l’Iran et du Venezuela, qui voudraient assécher le marché, mais une petite hausse est à attendre. Les plus gros producteurs, l’Arabie saoudite en tête, n’ont pas intérêt à faire monter les prix trop haut. Sinon, cela incite les autres producteurs à forer, à produire et donc à vendre plus, et cela fait baisser la part de marché des ténors.

2- De toute manière, la marge de manoeuvre de l’Opep s’étiole. Ses capacités excédentaires (ce qu’elle peut mettre sur le marché pour calmer les hausses de prix en cas de tension) sont passées de 5% de la consommation mondiale en 1990 à 2,9% aujourd’hui. Bref, son poids énergétique diminue.

3- Les pays émergents, Chine et Inde en tête, vont avoir besoin de beaucoup de pétrole pour encore des décennies. Cette demande, à elle seule, va tirer les prix vers le haut dès que la récession sera passée.

4- Ensuite, quand nous allons approcher de l’hiver, les stocks de fioul vont devenir insuffisants. Aux Etats Unis, les stocks de distillats ne sont pas très élevés. La tension sur ce type de produits domestiques peut revenir très vite. Et la moindre alerte ferait bondir le baril vers le haut.

5- A plus long terme, n’oublions pas que le pétrole est en quantité considérable certes, mais finie. Certains affirment même, sans le prouver, que nous avons déjà brûlé plus de 50 % de tout le pétrole disponible. Plus on produit, plus le pétrole restant est difficile à pomper et à raffiner, soit parce qu’il est trop lourd soit parce qu’il est trop profond sous la mer. Les coûts d’extraction augmentent donc vite, à cause de la difficulté technique et aussi en raison du prix en forte augmentation de tous les matériaux utilisés dans l’exploration, notamment l’acier, que la Chine et l’Inde achètent frénétiquement pour se développer.

6- Dans la même veine, rappelons que les compagnies pétrolières occidentales ont de plus en plus de mal à avoir accès à des champs d’exploration-production prometteurs. Le nationalisme énergétique est à la mode sur toute la planète et les pays producteurs sont évidemment beaucoup moins pressés de forer que les pays consommateurs.

7- Ces derniers jours, les prix ont dégringolé car les spéculateurs, qui avaient joué longtemps à la hausse, abandonnent leurs positions. Des que la tendance s’inversera, ils remonteront sur scène et accentueront la montée des prix.