En matière de gaz, l'Europe a besoin de la Russie. Près de 40% des importations de gaz naturel des 27 proviennent du grand voisin de l'Est. Cette dépendance s'est fait sentir lors du conflit gazier survenu en janvier, lorsque les bisbilles entre Moscou et Kiev ont entraîné la coupure de l'approvisionnement en gaz russe en direction de l'Europe. Mais la Russie a aussi grand besoin de l'Europe, son premier client. Près de 75% des exportations russes de gaz sont en effet à destination de l'Union européenne.
Surtout, l'Europe est un très bon client. "Elle représente clairement le meilleur client pour les Russes, car elle fiable, elle commande de grosses quantités de gaz et paye ses factures", explique à E24 Jean-Marie Chevalier, économiste à l'université Paris-Dauphine. "Et puis, l'Europe est son marché le plus proche, donc les coûts de transport sont bas".
Pour le groupe russe Gazprom, qui détient le monopole de l'exploitation du gaz en Russie, l'Europe représente aussi l'avantage d'acheter le gaz à un prix de marché. "Il en tire une partie substantielle de ses revenus", a estimé Pol-Henry Dasseleer, chercheur à l'Institut royal supérieur de la Défense (Belgique), lors d'une conférence organisée jeudi 23 avril par Confrontations Europe. "Les autres marchés du géant russe, à savoir la Russie elle-même et l'étranger proche -Biélorussie, Ukraine, Caucase, achètent en revanche le gaz à un prix artificiellement bas". Une subvention à peine déguisée de la Russie en faveur de ses anciens pays satellites.
Mais il n'est pas certain que l'Europe demeure un si bon client pour la Russie dans les années à venir: de nombreuses incertitudes planent sur le niveau de la demande future du Vieux continent. "La croissance annuelle du marché du gaz naturel d'ici 2020, estimé auparavant à 3%, a été revue à la baisse à 1,1%", a souligné Antoine de La Faire, chef du service Approvisionnement Est chez GDF SUEZ lors de la conférence. En effet, "Malgré les qualités environnementales intrinsèques du gaz par rapport aux autres énergies fossiles, l'objectif de baisse de 20% de la consommation d'énergie primaire en Europe à l'horizon 2020 pourrait entraîner une baisse de la consommation de gaz d'une amplitude pour l'instant difficile à prévoir", a-t-il ajouté.
Surtout, la grande incertitude concerne la part qu'occupera le gaz comme combustible dans la production électrique. Dans les prochaines années, "les acteurs du secteur auront besoin de renouveler leurs centrales qui arrivent en fin de vie", a expliqué Bruno Lescoeur, directeur général adjoint d'EDF. "Dans les 20 prochaines années, ce sont l'équivalent de 700 gigawatts qui devraient être reconstruits en Europe".
Vers quelles sources d'énergie se tourneront les électriciens? Quelle part occupera le gaz dans leurs choix d'investissement? "Toute la question est de savoir si les Allemands, les Italiens et les Britanniques s'équiperont de centrales nucléaires", fait remarquer Jean-Marie Chevalier. Auquel cas, l'Europe importera moins de gaz.
Au final, l'incertitude portant sur la future demande européenne de gaz d'ici 2020 est de l'ordre de 200 milliards de m3, estime GDF Suez, ce qui est supérieur au volume actuel des importations de gaz russe. Pour Moscou, cette inconnue sur la demande européenne à l'horizon 2020 pèse sur les décisions d'investissement. Difficile en effet pour Gazprom d'investir dans de nouveaux champs gaziers alors qu'il ne sait pas s'il réussira à vendre ce qui en sortira…






















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