"On ne cesse de se plaindre de ne pas avoir de ressources en matières premières, on en a une sous nos yeux et on la sous exploite", rappelait Nicolas Sarkozy le 19 mai dernier. Cette ressource délaissée, c'est le bois.

Près d'un tiers du territoire national français est recouvert de forêt et la filière bois génère près de 450.000 emplois en France. La forêt française progresse tous les ans de l’équivalent de 50 000 terrains de football, selon le président de la République. Par ailleurs, la forêt reste une valeur sûre, son indicateur de prix a encore augmenté de 7,1% en 2008 pour un prix moyen brut à 5.380 euros par hectare.

6 milliards de déficit

Bien que la France dispose de la troisième forêt d'Europe, le pays affiche un déficit de 6 milliards d'euros pour l'ensemble de la filière en 2008. "On dépense 6 milliards d’euros pour aller chercher du bois et de l’ameublement chez les autres alors qu’on l’a, à portée de la main. C’est le deuxième poste de déficit commercial français, après celui de l’énergie. C’est un gâchis phénoménal," s'insurgeait le président de la République dans son discours sur la filière bois du 19 mai.

Autre anomalie, alors que "le potentiel forestier est extrêmement important, il y a seulement 60% de l’accroissement naturel annuel qui est prélevé chaque année. C'est-à-dire qu’il y a 40% qu’on peut prélever de plus en gardant notre patrimoine et qu’on ne prélève pas", expliquait alors Nicolas Sarkozy. De plus, la France a une consommation de bois dans la construction trois fois moindre que les Etats-Unis et cinq fois moindre que la Finlande ou le Japon, selon lui.

A l'heure du Grenelle de l'environnement, il était donc bien temps de s'occuper de la filière bois, d'en organiser une meilleure exploitation et de stimuler la demande française. "Nous nous réjouissons de l'engagement fort venu du président de la République. Nous en attendions un depuis des dizaines d'années", expliquait Dominique Juillot, président du Conseil Forêt Bois lors d'une conférence de presse le 26 mai. Le président de la République appuie ces annonces sur les propositions du rapport Puech.

L'association Conseil Forêt Bois, qui représente l'ensemble de la filière (exploitant forestier, scierie, commerce,…), se réjouit surtout de l'annonce de la multiplication par dix, dès 2010, du seuil minimum d'utilisation du bois dans les constructions neuves. Les collectivités pourraient servir d'effet de levier important. "L’Etat s’engagera à promouvoir la certification et l’emploi de bois certifié dans les constructions publiques, dès 2010", a expliqué Nicolas Sarkozy.

Fonds d'investissement dédié

Autre mesure de taille: la création d'un fonds d'investissement dédié qui pourrait atteindre 100 millions d'euros. Dès 2009, 20 millions d'euros devraient être débloqués. Le groupe Eiffage, le groupe Crédit Agricole, le Fonds Stratégique d’Investissement, l’Office National des Forêts et la Caisse des Dépôts y souscriront.

Ce fonds vise à soutenir les entreprises du secteur de la construction en bois et de la valorisation énergétique du bois qui sont pour la plupart sous-capitalisées. Laurent De Normandie, président de la Fédération nationale du bois, souhaiterait par exemple que ce fonds puisse pallier au manque de grands fabricants d'ossature bois en France. Autre illustration de la faiblesse de la filière française: parmi les 20 plus importantes scieries européennes, aucune n'est française. Ceci contribue à expliquer la sous-utilisation du bois en France dans la construction, à côté d'une certaine réticence des grands groupes de BTP à recourir à cette matière première.

Le soutien au bois dans la construction ne s'arrête pas là. Tout propriétaire qui réalisera une isolation extérieure ne créant ni surface, ni volume habitable sera exempté de dépôt de permis de construire et soumis à une simple déclaration préalable. Par ailleurs, une expérimentation d'un marché financier visant à valoriser le stockage de carbone dans le bois sera également mise en place.

Du côté de l'énergie, l'Etat a décidé de doubler voire tripler le tarif d’achat obligatoire d’électricité produite à partir du bois dans le but d'attirer les investisseurs. Augmenter la production d'électricité d'origine renouvelable est un des objectifs du Grenelle de l'environnement. Ce dernier prévoit en effet que 23% de l'énergie consommée en France en 2020 soit d'origine renouvelable (contre 9% aujourd'hui). Un tiers devra être issu du bois, ce qui "représente pour la filière bois l’équivalent de l’énergie produite par 6 centrales nucléaires", selon Nicolas Sarkozy. D'ici là, il y a du bois à abattre…