Le symbole est fort. Les quatre grandes économies émergentes: Brésil, Russie, Inde, Chine (BRIC), se réunissent pour la première fois dans la ville d'Ekaterinbourg dans l'Oural, invités par la Russie. Alors que le socle économique et financier de la superpuissance américaine a chancelé avec la crise, le message des BRIC est clair: notre heure est arrivée.
Réforme du capitalisme
Les émergents veulent unir leurs voix dans un moment particulièrement opportun. Ils entendent d'abord faire part de leur "les perspectives de dialogue avec le Groupe des Huit" sur la réforme financière qui sera débattue au sommet du G8 du 8 au 11 juillet en Italie. Les BRIC qui ont déjà traversé, pour des raisons différentes, une crise financière, 10 ans plus tôt avec la crise du sud-est asiatique, ont moins subi les tourments financiers de 2008. Les pays développés devront les écouter.
Eclaircies
Car, la reprise mondiale pourrait aussi venir en partie de la vitalité des pays émergents. Même si la croissance des BRIC a été très refroidie, les éclaircies viennent du Sud. Une raison de plus pour que les quatre nouvelles puissances se fassent entendre. Les BRIC constituent 15,1% du PIB mondial.
Troisième force des BRIC: leur épargne. Les quatre pays qui comptent parmi les sept plus gros détenteurs de réserves de changes, essentiellement libellées en dollars, sont en droit de s'inquiéter de la faiblesse du dollar et de la santé de leurs débiteurs, les Etats-Unis.
"Nous devons renforcer le système international de changes non seulement en consolidant la position du dollar mais également en créant de nouvelles monnaies de réserve et éventuellement (...) en créant un nouveau moyen de paiement supranational", a déclaré le chef de l'Etat russe, Dimitri Medvedev, à la veille du Sommet. Mais le débat sur la création d'une monnaie de réserve internationale -alternative au dollar- ne sera pas officiellement, du moins, l'un des grands sujets à l'ordre du jour.
Réforme du FMI
Enfin, les BRIC partagent ce même sentiment lancinant de ne pas être suffisamment représentés et écoutés dans les organisations internationales alors qu'ils comptent pour 40 % de la population mondiale. D'autant que la Chine est devenue la troisième économie mondiale .
Au cours du Sommet, les pays du BRIC veulent un accord sur la réforme du FMI d'ici janvier 2011 et augmenter leur représentation au Fonds où la majorité des quotas sont actuellement contrôlés par les pays développés. Pour cela, ils sont prêts à mettre la main au porte-monnaie. La Chine a fait savoir qu'elle voulait augmenter sa participation financière au FMI en contribuant à hauteur de 50 milliards de dollars à une prochaine émission obligataire du FMI. Le Brésil et la Russie ont dit vouloir participer à hauteur de 10 milliards de dollars chacun dans le cadre de ces droits de tirage spéciaux.
La Russie dispose actuellement de 2,7% des droits de vote au FMI et ne devrait pas voir son quota augmenter même avec la réforme proposée. La Chine a 3,7% des droits de vote, l'Inde 1,9% et le Brésil 1,4%.
BRIC à brac
Pour autant, les convergences s'arrêtent là. Les Bric ne forment pas un front homogène pouvant prétendre à une alliance politique et économique. D'abord parce que, jusqu'à ce sommet officiel, les Bric "n'existaient" que dans la presse. C'est la banque américaine Goldman Sachs qui a inventé le terme BRIC en 2001 pour désigner les pays dont la croissance décollait.
Ensuite, la Chine dont le PIB est aussi important que les 3 autres réunis, est appelée à s'émanciper de ce groupe. Les Bric représentent 15% de l'économie mondiale mais la Chine pèse 8,6% à elle seule. Les réserves de change de la Chine (près de 2.000 milliards de dollars) sont aussi nettement plus importantes que les autres nations (256 milliards pour l'Inde, 427 milliards pour la Russie et 194 milliards pour le Brésil).
L'unité n'est donc pas si solide. Et surtout, les émergents peuvent se diviser sur les questions énergétiques, vitales pour leur développement. La course à l'approvisionnement énergétique qui avait fait grimper les prix à l'été dernier, est très certainement appelée à revenir. La Russie est la mieux armée dans ce domaine grâce à ces larges réserves d'hydrocarbures. Plus généralement, l'accès aux matières premières et les contraintes environnementales, pourraient créer des lignes des fractures.
















