Si Barack Obama a été élu le 4 novembre, c’est en partie parce que les Américains le croient capable de transformer Wall Street de fond en comble. Mais les électeurs savent-ils que le candidat Obama était un des politiciens les plus appréciés de la finance newyorkaise? Personne ne lui en fera reproche. Aux Etats-Unis, pas de grande carrière politique à l’échelon national, qu’on soit républicain ou démocrate, sans une bonne "wall street connection". Sans elle, point de salut. Un peu comme si en France, un candidat à l’Elysée n’avait parmi ses relations aucun ancien élève de l’ENA…
Le plus gros contributeur de la campagne d’Obama est un groupe composé d’employés de la banque Goldman Sachs et de membres de leurs familles, avec 739.521 dollars en tout selon le "Center for Responsive Politics". Parmi les meilleurs collecteurs de fonds de campagne pour Obama, on trouve aussi plusieurs ténors de Citigroup, de Lehman Brothers et de Crédit Suisse. Au total, les banques d’investissements ont contribué à hauteur de 10 millions de dollars à sa victoire.
Vendredi, au cours de sa première conférence de presse en tant que président élu, Obama a promis d’étudier en urgence le projet de mise à disposition de 700 milliards de dollars aux institutions financières fragilisées par la crise. Sous entendu: pour vérifier que les intérêts des Américains ne seront pas lésés dans l’opération, que l’argent ne servira pas à engraisser les responsables du désastre, bref que le remède n’encouragera pas le mal.
Ses premières nominations seront analysées à cette aune-là. Pour changer Wall Street, il faut connaître Wall Street mais pas trop. Voilà pourquoi le choix du secrétaire général de la Maison Blanche, fait grincer quelques dents démocrates. Rahm Emanuel, représentant de l’Illinois (l’état d’Obama), sera un des hommes les plus puissants de l’administration, notamment parce qu'il contrôlera l’accès au Bureau Ovale. En tout cas, Emanuel ne correspond pas à l’idée que l’on se ferait naturellement d’un nettoyeur de Wall Street. Il est au contraire un insider averti.
"Du côté des salaires"
En tant qu’élu de l’IIlinois, Emanuel était, pour ses campagnes électorales, un des principaux récipiendaires des donations des milieux de la finance newyorkaise. Auparavant, rappelle le Wall Street Journal, il avait travaillé dans une banque d’investissement, Wasserstein Perella & Co, où en deux ans, il avait engrangé un salaire de 16,2 millions de dollars. Il siégeait aussi au conseil d’administration de Freedie Mac, le géant du crédit immobilier qui a dû être nationalisé il y a quelques mois, pour éviter qu’il ne s’effondre sous l’impact des prêts douteux "subprime". En 2007, La Securities and Exchange commission (SEC) avait accusé Freddie Mac de fraude comptable pour les années 1998-2002, une période pendant laquelle Emanuel était au conseil. Toutefois, il n’a fait l’objet d’aucune accusation personnelle. En 2007, quand la fraude avait été rendue publique, Emanuel siégeait à la commission des services financiers de la Chambre et il s’était récusé en raison de ses anciens liens avec Freddie Mac.
L’entourage de Rahm Emanuel se répand dans les médias en jurant que le nouveau secrétaire général de la Maison Blanche a toujours été "du côté des salariés" et "contre Wall Street" mais le "center for responsive politics" a fait ses calculs et estime qu’Emanuel a touché au moins 1,5 million de dollars en dons de campagne de la part de personnels de Wall Street au cours des six années à la Chambre des représentants, l’équivalent américain de l’Assemblée nationale. Les dirigeants d’UBS, la banque suisse très frappée par le "subprime", ne lui ont pas ménagé les soutiens financiers.
A son crédit, Emanuel a aussi pris des décisions qui ont irrité Wall Street. Par exemple, il a insisté auprès de la SEC pour que soient poursuivies les sociétés qui avaient antidaté les stock options de leurs dirigeants.
Barack Obama a sans doute raison, en pleine crise financière, de choisir un secrétaire général à qui on ne la fera pas, mais une trop grande proximité avec Wall Street risque de freiner singulièrement la réforme. Le choix du secrétaire au Trésor sera le prochain test.






















