Le sommet de Copenhague sur le climat, en décembre prochain, se présente mal. Les discussions préparatoires, qui se déroulent cette semaine à Barcelone, achoppent sur la répartition des réductions d'émissions de CO2 et le passage à des technologies moins polluantes. En cause, pays développés et pays en développement sont "campés sur leurs positions", selon le ministre britannique au Changement climatique Ed Miliband.
Déjà, mardi dernier, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avait déjà affirmé que le sommet prévu le mois prochain à Copenhague ne déboucherait pas sur un nouveau traité à part entière. L'objectif de conclure un nouveau pacte sur le climat qui s'appliquera après l'échéance de Kyoto en 2012 semble donc compromis.
Un accord dans 3 à 6 mois?
Pour Artur Runge-Metzger, le représentant de la Commission européenne aux négociations de Barcelone, un accord global pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait en revanche être trouvé dans une période de 3 à 6 mois après la Convention.
"Ce devrait être fait le plus tôt possible mais, dans le contexte d'une convention internationale, le plus tôt possible c'est autour de trois, six mois. Il faut compter ce délai", a-t-il déclaré à la presse. L'échéance semble néanmoins optimiste, plusieurs autres négociateurs parlant d'une année au mois.
Evoquant les sessions de négociations intermédiaires prévues chaque année à Bonn, siège de la Convention climat, M. Runge-Metzger a jugé que "Bonn, à la mi-2010, ce serait extra".
Interrogé par La Tribune, le ministre britannique de l'Economie Alistair Darling reconnaît lui aussi qu'il sera difficile de parvenir à un accord."Clairement, la route vers un accord sera difficile. Il est vrai que 75% des émissions de CO2 dans le passé viennent des pays développés, mais les pays en développement seront responsables de 90% des émissions à venir", rappelle-t-il pour faire comprendre l'ampleur du problème et le besoin d'une implication mondiale.
Contraintes juridiques
De la conférence de Copenhague (7-18 décembre), M. Runge-Metzger attend "un résultat négocié, quelque chose comme une décision de la Conférence des parties (à la Convention)", mais sans la portée juridiquement contraignante d'un traité international du type de celui de Kyoto. " L'UE va continuer de faire pression pour obtenir la conclusion d'un accord juridique complet", a-t-il assuré.
Yvo de Boer, plus haut responsable du climat aux Nations Unies, a averti au tout début de la rencontre de Barcelone que l'accord de Copenhague devrait avoir force légale, car les pays en développement ne croyaient pas les promesses des pays riches. La force juridique du texte et la question d'éventuelles conséquences en cas de non-respect des engagements constituent donc des questions épineuses dans les négociations.
La question du financement de l'aide aux pays pauvres dans la lutte contre le changement climatique est aussi au menu de la réunion de Barcelone. L'Union européenne a estimé à 100 milliards d'euros les moyens financiers nécessaires, et a précisé qu'elle paierait sa "juste part". Les Vingt-Sept n'ont toutefois pas annoncé de contribution chiffrée.
Les enjeux de Copenhague sont capitaux. Les besoins sont évidents. Mais le problème est complexe dans la mesure où le changement climatique est une affaire mondiale qui nécessite un effort de tous les pays.
C'est pas moi c'est l'autre
Les deux principaux pollueurs de la planète sont la Chine et les Etats-Unis. En millions de tonnes de CO2 émises, la Chine (reine du crédit carbone) arrive en tête du classement. Mais en matière de pollution par habitant, les Etats-Unis conservent la première place. Or chacun se renvoie la balle.
La Chine accuse les pays riches d'être à l'origine de la situation actuelle et demande à ce qu'ils prennent des engagements fermes. En d'autres termes, elle veut qu'ils paient.
Les Etats-Unis pointent pour leur part du doigt la responsabilité de la Chine. "Le point sur lequel nous ne sommes pas d'accord est le fait que nous devions nous engager à mettre en oeuvre ce que nous avons promis de faire tandis que de grands pays en développement ne prennent aucun engagement", a déclaré l'émissaire américain pour le climat, Todd Stern, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.
Il a aussi invité ces pays, dont la Chine, à changer "leur mentalité" consistant à faire porter la seule responsabilité du réchauffement au monde développé pour justifier leur inaction. Cette attitude "ne débouchera pas sur un accord à Copenhague", a-t-il mis en garde.
Tensions américaines
Mais la position chinoise n'est pas la seule en cause. Les Etats-Unis sont loin d'être exempts de tout reproche.
Le chef de la délégation américaine à Barcelone, Jonathan Pershing, a précisé que les Etats-Unis avaient l'intention d'être partie prenante à un accord, mais qu'il s'assureraient qu'il pourrait être accepté par le Congrès américain. "Nous ne voulons pas être en dehors d'un accord", a-t-il affirmé. Il a déclaré que les Etats-Unis éviteraient de répéter la même erreur qu'avec le protocole de Kyoto, que leur délégation avait signé en 1997 mais qui s'était ensuite heurté à l'opposition du Congrès et n'avait pas été soumis à ratification.
Jeudi 5 novembre dernier, la commission de l'Environnement du Sénat américain a approuvé une loi sur le réchauffement climatique, sachant que la minorité républicaine s'est abstenue de voter. "L'étape d'aujourd'hui envoie un message clair au monde, selon lequel les Etats-Unis prennent au sérieux la lutte contre les changements climatiques", a écrit le sénateur John Kerry, le principal auteur du projet de loi, qui a par ailleurs annoncé mercredi 4 novembre qu'il allait travailler à forger un nouveau projet de loi sur le climat pour tenter d'obtenir le soutien des républicains.
Les chaises des sept républicains de la commission sont demeurées vides, à l'exception de celle de James Inhofe, le plus haut représentant républicain, qui y est resté le temps d'une déclaration de deux minutes. Les républicains réclament une "analyse complète" du projet de la part de l'Agence américaine de l'Environnement (EPA). Les démocrates répondent qu'ils ont déjà eu cette analyse.
Le plan du Sénat prévoit une réduction des gaz à effet de serre de 20% en 2020 par rapport aux niveaux de 2005, contre 17% pour le texte de la Chambre. Le projet de loi doit encore être examiné par cinq autres commissions avant d'être débattu par l'ensemble des sénateurs. Le processus est long et la question épineuses tant l'industrie américaine est puissante... Effectivement, chacun campe sur ses positions.
















