Les remous que connaît le secteur bancaire et financier sont loin d'être finis. C'est en tout cas l'avis de Zhu Min, l'un des vice-présidents de Bank of China (BoC), auteur d'une tribune d'une page entière publiée par le quotidien China Securities Journal. "De plus en plus de défauts de paiement sur les prêts aux entreprises ou aux particuliers provoqués par la récession dans l'économie réelle pourraient apporter une deuxième vague dans la crise financière", a expliqué le dirigeant. Ces propos sont pour le moins alarmistes car ils sous-entendent que la sphère financière et la sphère réelle de l'économie mondiale sont entrées dans un cercle vicieux.

La crise financière a justement débuté à l'été 2007 par une hausse des défauts de paiements sur les crédits à risque américains (subprimes), à la suite de la baisse des prix de l'immobilier, sur lesquels étaient gagés ces prêts. Elle a été à l'origine de dépréciations massives des établissements détenant des créances de ce type, ce qui a finalement conduit la banque Lehman Brothers à la faillite en septembre dernier. Le dépôt de bilan de la prestigieuse banque d'affaires new-yorkaise a été un véritable cataclysme financier. Déjà méfiantes, les banques sont devenues particulièrement réticentes à se prêter des liquidités, et le marché du crédit s'est gelé.

Conséquence: le tissu économique souffre. Selon une étude du cabinet Euler Hermes, les défaillances d'entreprises auraient augmenté de 25% à travers le monde en 2008, et devraient progresser au même rythme cette année. Aux Etats-Unis, épicentre de la crise, le nombre d'entreprises cotées qui se sont placées sous la protection de la loi américaine sur les faillites a grimpé de 74% par rapport à 2007, selon une étude du cabinet spécialisé BankruptcyData. Les faillites ont également augmenté l'an dernier de 15% en France et au Japon.

La restriction du crédit et l'augmentation du chômage ont contribué à déprimer un peu plus les marchés de l'immobilier à travers le monde. "Le marché de l'immobilier va continuer à voir des corrections", a estimé Zhu Min. L'année 2008 a déjà été une année noire pour l'immobilier américain. Le nombre de logements concernés par des procédures de saisies immobilières (notifications de retards, annonces de ventes aux enchères et saisies par les créanciers) a augmenté de 81% par rapport à l'année précédente, selon le cabinet spécialisé RealtyTrac.

Un nouveau cycle de tensions bancaires et financières semble donc se profiler, selon le banquier. Des prêts à des entreprises et des particuliers devenus plus vulnérables financièrement risquent de se traduire par une accumulation de créances non performantes, selon le dirigeant de BoC. "Les cours en Bourse des institutions financières vont continuer à enregistrer de larges fluctuations", a-t-il également pronostiqué.

Les Banques vont rester peu enclines à prêter et de grands organismes bancaires déjà sauvés par des plans gouvernementaux pourraient, dans un ou deux ans, être de nouveau en grande difficulté, selon Zhu Min. Et des banques plus petites pourraient connaître la banqueroute et les fonds souverains s'écrouler, prévient le dirigeant de la BoC.