L'économie chinoise et son formidable potentiel vont-ils sauver le monde de l'implosion financière et de la récession? En Asie et ailleurs, le débat fait rage.
Les optimistes les plus intraitables jurent que si Pékin dopait la demande intérieure, enrichissait ses 1,3 milliard de consommateurs en puissance et relançait les importations, le PIB mondial pourrait traverser la tourmente actuelle sans trop plonger. Danny Quah, professeur à la London Schools of Economics, en est convaincu. Dans le Star online de Kuala Lumpur, il rappelle l'année 2001, une récession pendant laquelle l'Asie du Sud-Est et la Chine avaient connu une croissance plus rapide que les Etats-Unis, respectivement de 78 % et de 34 %. Pour lui, cette "assurance récession" fonctionnera cette fois encore.
Le problème, c'est que la Chine, de plus en plus ouverte, est de plus en plus exposée aux tourments du monde. A ceux qui en doutaient encore, le Premier ministre chinois Wen Jiabao l'a dit sans détours cette semaine au forum de Davos: la crise a un "gros impact " sur son pays. Cet aveu ne va pas empêcher une question de refaire surface: Les dernières statistiques en provenance de Pékin ont douché les enthousiasmes. Pour la première fois en dix ans, la croissance est passée sous la barre des 10%. Elle a été coupée en deux entre 2007 et 2008. Sous le triple effet de d'une demande mondiale en reflux, d'un dégonflement de la bulle immobilière chinoise et de la résorption des surcapacités industrielles. Or à 7% de croissance en ce début 2009, la Chine est proche de ce qui serait pour elle objectivement une récession, c'est à dire une incapacité flagrante à accueillir les 24 millions de nouveaux venus qui arrivent sur le marché du travail chaque année. En conséquence, la Chine achètera moins de produits étrangers, aggravant la crise en Europe et aux Etats-Unis.
L'autre manière de sauver le monde, pour la Chine, serait d'entrer au capital des entreprises étrangères malades de la crise. Mais les Chinois sont échaudés. Le fonds souverain China Investment Corp. (CIC), malgré ses 200 milliards de dollars en caisse, a tellement perdu sur ses achats d'actions d'entreprises américaines qu'il hésite à continuer. Ses 10 % de Morgan Stanley acquis en 2007 lui font très mal. Après avoir acheté trop haut, il a peur d'acheter bas. Lou Jiwei, le président de CIC, ne s'en est pas caché: "Nous n'avons plus le courage d'investir dans des institutions financières car nous ne savons pas dans quoi nous mettrions les pieds". Et puis, comme le déclarait en octobre à l'assemblée général du FMI Yi Gang, le vice gouverneur de la Banque Populaire de Chine, très remonté contre le laxisme des politiques financières occidentales, affirmait: "les pays qui émettent les devises de réserve portent la responsabilité de prévenir la contamination de la crise aux autres pays".
Un pays dont le revenu par habitant est le 109e mondial ne manque pas d'usage pour son argent. Chua Chin Hon, un blogueur de Singapour, renchérit: "même si la Chine dispose de 2.000 milliards de dollars en réserves de change, elle va surtout les employer à empêcher l'explosion sociale que pourrait provoquer le coup d'arrêt brutal subi par le secteur des industries d'exportation et les licenciements qui en résultent". Et comme le répète à l'envi le président Hu Jintao, le meilleur service que la Chine puisse rendre au monde, n'est-il-pas de faire en sorte que ce pays reste stable?
















