La Chine continuera à acheter de la dette publique américaine car elle y est contrainte et forcée. Tel est le message délivré mercredi 11 février un responsable de la Commission de régulation bancaire chinoise, alors que les émissions de dette publique se multiplient outre-Atlantique. Avec le risque d'excéder la demande.

"A l'exception des bons du Trésor, que peut-on détenir d'autre?", a demandé Luo Ping lors d'un discours à New York, cité par le Financial Times. "De l'or? On ne peut détenir des obligations d'Etat japonaises ou britanniques. Les bons du Trésor américains sont la seule option", a-t-il affirmé. Dans un langage par moment familier, le dirigeant s'est inquiété du creusement de la dette américaine, qui doit permettre de financer les mesures de relance. "Nous vous haïssons les gars. Une fois que vous aurez émis entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars … nous savons que le dollar va se déprécier, alors nous vous haïssons mais il n'y a rien d'autre que nous puissions faire", a ajouté ce responsable.

Ces déclarations interviennent alors que les opérations de refinancement trimestrielles du Trésor américain vont atteindre un record de 67 milliards de dollars cette semaine. Après deux émissions de 32 milliards de dollars d'obligations à échéance 3 ans et de 21 milliards de dollars à 10 ans mardi et mercredi, le Trésor devait émettre ce jeudi 12 février pour 14 milliards d'obligations à 30 ans.

Ces adjudications massives de titres d'Etat américains pourraient conduire à un excès de l'offre sur la demande. "L'environnement économique reste favorable aux obligations mais ces émissions sont problématiques", expliquent des stratégistes de RBS Greenwich Capital interrogés par Marketwatch.com. Comme tout bien, ce déséquilibre induirait en effet une baisse de valeur des obligations américaines, jusque-là recherchées comme valeur refuge. Les taux des obligations à 10 ans, qui varient en sens inverse de leur prix, sont depuis début janvier sur une tendance haussière et ont dépassé temporairement le seuil des 3% lundi 9 février. Une dégradation prolongée des titres de dette publique américains pourrait alors à terme inquiéter les investisseurs, qui perdraient foi dans le dollar.

Et les émissions vont se poursuivre. Pour les quatre premiers mois de l'exercice 2008/2009, le déficit budgétaire américain a ainsi atteint 569 milliards de dollars, soit 25% de plus que le record de 454,8 milliards établi sur l'ensemble de l'exercice 2007/2008.

Dans l'immédiat, la demande reste néanmoins forte. Outre l'appétit réitéré de la Chine, premier pays créancier des Etats-Unis depuis la fin de la semaine dernière, la Réserve fédérale américaine pourrait venir ajuster les déséquilibres. La Fed avait ainsi indiqué, lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire en janvier, qu'elle pourrait acheter des bons du Trésor à 10 ans.