Les positions des états sur la relance budgétaire divergent. Cette tension risque de mettre à mal la recherche d'un consensus lors du sommet du G20 à Londres. Les risques liés aux déficits publics excessifs dans le processus de reprise économique font en effet débat. Paris et Berlin ont à plusieurs reprises fait part de leurs réticences quant à de nouvelles mesures de relance budgétaire, soutenues elles par Londres, Washington et Tokyo. Les arguments allemands et japonais rappellent bien les enjeux.
La chancelière allemande a déclaré la semaine dernière que dépenser plus d'argent public risquait de créer une reprise non viable. Le Premier ministre japonais Taro Aso défend le point de vue inverse dans une interview publiée mardi 31 mars dans le Financial Times. La première des priorités que le Japon va défendre lors du sommet est le retour à une croissance économique grâce aux dépenses budgétaires des Etats. Taro Aso veut appliquer aujourd'hui la leçon tirée de la sortie de crise des années 90 dans son pays. D'ailleurs, le gouvernement japonais est déjà passé à l'action en mettant en place un plan de relance de grande ampleur ces derniers mois.
"Grâce à notre expérience de ces 15 dernières années, nous savons ce qui est nécessaire, alors que des pays comme les Etats-Unis et les Etats européens font face à cette situation pour la première fois. Je pense que certains pays comprennent l'importance des dépenses budgétaires et d'autres ne la comprennent pas, ce qui explique pourquoi l'Allemagne a défendu ce point de vue", a déclaré Taro Aso. La seconde priorité du Japon au sommet de G20 est d'assurer une liquidité adéquate pour supporter les économies émergentes. La troisième est d'empêcher le protectionisme. La quatrième est la régulation du marché financier. Enfin, le Japon tient à réformer les institutions financières internationales.
La chancelière allemande continue à se montrer déterminée à repousser les appels à de nouveaux efforts financiers de l'Allemagne pour relancer l'économie mondiale. Angela Merkel a reconnu qu'elle ne "pouvait pas exclure" que de nouveaux efforts de relance soient discutés lors du sommet mais répété l'opposition très ferme de l'Allemagne. "Nous défendrons très clairement notre position" qui est que "l'Allemagne a déjà apporté une énorme contribution" et qu'il "faut d'abord mettre en application" les plans de relance annoncés, a-t-elle déclaré. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime, elle, que l'Allemagne, mais aussi le Canada et l'Australie ont les moyens de lancer un nouveau plan de relance. L'OCDE estime par ailleurs que la France n'a plus que très peu de marges de manoeuvre sur le plan budgétaire.
"Je pars pour Londres avec un mélange de confiance et de préoccupation", a-t-elle déclaré avant son départ pour le sommet des vingt premières puissances économiques mondiales (G20) de jeudi à Londres. "Allons-nous vraiment réagir à la gravité de la situation, ou essayer de refouler et d'embellir les choses ?", s'est-elle interrogée. La chancelière a toutefois dit qu'elle avait "confiance dans le fait que face à une situation extrêmement difficile, nous ne nous puissions pas nous cacher la tête dans le sable". Le sommet du G20 doit permettre "qu'aucun lieu, aucun produit financier et aucune institution ne puisse plus exister sans contrôle ni transparence". Angela Merkel a d'ailleurs apporté son soutien au président français Nicolas Sarkozy. Ce dernier "ne veut pas de compromis au rabais" et "je le soutiens en ce sens", a-t-elle dit se réservant bien de marcher sur les traces du président français: la politique de la chaise vide "n'est pas, pour la chancelière, la meilleure idée", a déclaré mercredi son porte-parole Thomas Steg. "Seul celui qui participe au débat peut influer sur les résultats", a-t-il encore fait valoir.




















