Quels sont les principaux problèmes économiques des agriculteurs français?

C'est une question de prix de revient par rapport au prix de vente. Les prix de vente sont devenus très volatils. En 2008, ils se sont enflammés ce qui aurait dû permettre aux agriculteurs de dégager des marges capables d'assurer leur avenir. Surtout dans la perspective d'une disparition des aides de la PAC (Politique Agricole Commune). Mais début 2009 tout s'est effondré.

Justement, quelle va être la situation des agriculteurs sans les aides de la PAC?

Ca va laisser beaucoup d'exploitations sur le carreau. L'agriculture est un secteur économique comme les autres. Avec de lourdes charges pour les parties chimie et phytosanitaire notamment. D'autant que les fournisseurs sont peu nombreux, un manque de concurrence qui a un effet sur les prix. L'objectif de la PAC est maintenant de transformer les aides à la productivité en aides au respect de l'environnement. Nous sommes d'accord pour réduire par exemple l'utilisation de l'azote mais la production va diminuer, ce qui est problématique à la fois pour les stocks mondiaux et pour l'intérêt économique des agriculteurs.

Pourquoi les prix sont-ils si bas alors que la demande existe?

Effectivement, aujourd'hui les stocks mondiaux de céréales sont bas. On ne comprend pas pourquoi les prix sont si bas alors que la demande est forte. Ca va à l'encontre des règles de marché auxquelles les agriculteurs sont priés de se conformer.

Quelle est donc la première urgence pour les agriculteurs?

Récupérer de la valeur ajoutée. Quand on compare le prix de vente d'un produit fini au consommateur et le prix de vente à une coopérative, la différence est notable. Par exemple, une génisse de 4 ans de 520 kg préparée est vendue 4,20 euros le kilo à un boucher et 3,20 euros le kilo à une coopérative. Le consommateur l'achète en moyenne 12,50 euros, les prix étant variables selon les morceaux. Les distributeurs font baisser les prix et prennent une marge énorme. Une marge encore plus importante dans la grande distribution. En fait, les coopératives sont un outil formidable lorsqu'elles sont à taille humaine et contrôlées par des agriculteurs. Et qu'elles n'ont pas pour but ultime la baisse des prix!

L'agriculture attire-t-elle les jeunes?

Ils sont moins nombreux qu'avant où de tradition, les exploitations se reprenaient de père en fils. Ce n'est plus le cas. Les fils d'agriculteurs font des études et doivent aller suffisamment longtemps à l'école pour avoir le BAC. On a éloigné beaucoup de jeunes de l'agriculture et des métiers manuels en général. En plus, ils ne veulent pas être des esclaves, travailler 7j/7, 10 heures par jour pour la moitié du SMIC.