Danone a fêté les 90 ans de son yaourt du même nom. Ni Franck Riboud, PDG du groupe Danone, ni son père Antoine Riboud, n'ont été à l'origine de la création du premier yaourt en France. C'est une famille espagnole, les Carasso, qui en a été l'inventeur. Le père d'abord, Isaac Carasso, a été à l'origine de la production industrielle du yaourt Danone, le distribuant dans les pharmacies puis dans les crémeries.

Avec son fils, Daniel qui a 103 ans aujourd'hui et que ses parents appelaient Danon, le yaourt a traversé les frontières. En 1929 Daniel Isaac fonde la Société Parisienne du Yoghourt Danone. "Lors du lancement, je ne me suis même pas rendu compte de la crise qui sévissait. J'étais plutôt occupé à chercher des crémeries pour vendre mes produits", raconte Daniel Carasso. Avec la Seconde Guerre mondiale et l'occupation nazie, Daniel Carasso quitte la France pour New York où il crée en 1942 la Dannon Milk Products.

La guerre finie, il revient en France. A coups d'innovations, comme les yaourts aromatisés ou veloutés, Danone rencontre un succès phénoménal en France. Un succès pour le yaourt qui ne se dément pas aujourd'hui, les français étant le troisième plus gros consommateur de produits laitiers, selon le Credoc.

Mais les ambitions de Daniel Isaac ne se limite pas à la conquête de l'Espagne, la France ou les Etats-Unis. "Mon rêve était de faire de Danone une marque mondiale. J'en étais à ces réflexions lorsque j'ai rencontré Antoine (Riboud, à la tête du groupe BSN). Nos stratégies coïncidaient: lui voulait étoffer son offre alimentaire, nous voulions nous développer à l'international", explique Daniel Carasso, président d'honneur du groupe Danone depuis 30 ans.

Antoine Riboud était à la tête du groupe de verrerie BSN, et souhaitait lui aussi se positionner dans le contenu. L'association des deux patrons ne pouvait que fonctionner: l'un avait le contenant, l'autre le contenu. La fusion intervient en 1973, avec Antoine Riboud à la tête de BSN-Gervais-Danone. En 1994, changement de nom, Antoine Riboud choisit de ne garder que Danone.

Depuis lors le groupe français a écoulé 6 milliards de pots de yaourts, desserts et fromages frais. La branche produits laitiers représente 57% de son chiffre d'affaires. En 2008, la croissance des ventes atteint 7,7% à 8,69 milliards d'euros. Les marges sont aussi au rendez-vous: +49 points de base à 14,07% en 2008, une des divisions les plus rentables de Danone après la nutrition infantile.

Un succès qui s'explique par la course à l'innovation que se livrent les géants de l'agro-alimentaire, Danone, Nestlé, Yoplait, en tête. "Les produits frais, yaourts et crèmes desserts, sont les rayons en grande distribution les plus dynamiques en termes d'innovations de produits. C'est cette innovation sur la texture du yaourt, sa composition ou les parfums, qui crédibilise le prix plus élevé des produits producteurs par rapport à ceux des marques distributeurs", explique Frédéric Fréry, professeur à l'ESCP-EAP. Le packaging, comme l'Actimel ou le Yop, révolutionne aussi les modes de consommation. "Le yaourt est tout sauf un produit banal", souligne-t-il.

La concurrence des marques distributeurs est toutefois réelle, mais ne semble pas perturber les géants du secteur. "Les distributeurs se mettent sur le créneau des yaourts qui ont été largement rentabilisés par les producteurs. Souvent ce sont les producteurs eux-mêmes qui leur vendent leurs produits", explique Frédéric Fréry. Les distributeurs ne copient finalement que des produits dont le succès à largement été éprouvé. C'est le cas du yaourt bio. Après 15 ans de succès, les distributeurs ne se sont mis sur le créneau que cette année.