Le laboratoire français Sanofi-Aventis et son partenaire américain Bristol-Myers Squibb ont gagné en appel le procès aux Etats-Unis contre le canadien Apotex qui voulait commercialiser une version générique de leur anti-coagulant vedette Plavix, ont-ils annoncé vendredi. Après six ans de litige, BMS et Sanofi-Aventis avaient obtenu en juin 2007 d'un tribunal américain l'interdiction de commercialisation de ces génériques aux Etats-Unis jusqu'en 2011, une décision dont Apotex avait fait appel.

Indemnisation

"La cour d'appel a confirmé la décision rendue le 19 juin 2007 par le tribunal fédéral pour le district Sud de New York" jugeant "valide" et "opposable" le brevet protégeant le principe actif du Plavix, le clopidogrel bisulfate, ont indiqué les deux groupes dans un communiqué. "La protection du brevet principal sur ce produit est donc maintenue aux Etats-Unis jusqu’en novembre 2011", ont-ils ajouté. Les deux groupes ont précisé avoir "formulé une demande d’indemnisation contre Apotex en réparation des dommages causés par la commercialisation et la vente par ce dernier d’une version générique contrefaite de Plavix aux Etats-Unis en 2006". Ils n'ont pas précisé le montant réclamé.

Ce procès était crucial pour les deux laboratoires alliés: le Plavix, le 3ème médicament le plus vendu au monde, a dégagé en 2007 un chiffre d'affaires de 5,6 milliards d'euros dans le monde, dont 3 milliards aux Etats-Unis, où il est commercialisé depuis 1998. Conserver le plus longtemps possible cette manne financière (le Plavix est le 1er médicament en termes de ventes pour BMS, et le 2e pour Sanofi-Aventis) apparaît d'autant plus nécessaire qu'ils ont du mal à renouveler leurs portefeuilles de médicaments vedettes.

Brevet

Sanofi-Aventis vient de subir un revers important car son médicament anti-obésité Acomplia, qui devait compenser l'affaissement des ventes de Plavix après 2011, a été retiré de la vente dans l'Union européenne à l'automne, et n'a jamais été autorisé aux Etats-Unis. Le groupe français comptait en tirer à terme 3 milliards de dollars de chiffre d'affaires mondial. De son côté, Bristol-Myers Squibb vient de voir filer une chance de s'étoffer dans le domaine des anticancéreux, en se faisant souffler par Eli Lilly l'achat de la société de biotechnologie ImClone et de son médicament Erbitux, dont les ventes dépassent le milliard de dollars. Vendredi vers 18H15 GMT, l'action de Bristol-Myers Squibb s'appréciait de 3,78% à 22,26 dollars à la Bourse de New York.

Attaquant sur tous les marchés où le Plavix est menacé par des fabricants de génériques, Sanofi avait déjà remporté début novembre une victoire auprès de la Cour suprême du Canada, la plus haute instance judiciaire canadienne. En revanche, en Allemagne, le groupe français conteste toujours une décision rendue par un tribunal allemand, autorisant la mise sur le marché de génériques du Plavix. Aux Etats-Unis, BMS et Sanofi accusaient Apotex de violation et contrefaçon du brevet sur la molécule clopidogrel. Mais le laboratoire canadien affirmait que ce brevet était invalide, parce qu'il reprenait dans ses grandes lignes un précédent brevet de BSM-Sanofi ayant expiré en 2003.

Apotex avait brièvement mis sur le marché américain son générique en août 2006, avant que la justice n'ordonne l'arrêt des ventes trois semaines plus tard. Mais les stocks livrés n'avaient pas été rappelés, si bien que le générique avait encore été écoulé les mois suivants. En deux semaines, le générique s'était approprié 60% du marché du Plavix. Au total, il a réduit de près de 20% les ventes du Plavix en 2006.