Le directeur général de Total a exclu une nouvelle fois de se retirer de Birmanie, vendredi dans un entretien au Parisien, après la publication du rapport d'une ONG américaine "Earth Rights" (lire le rapport) accusant le groupe pétrolier français d'enrichir la junte militaire au pouvoir. Le groupe américain Chevron est aussi sur le banc des accusés.
"Le fait de partir ne fera pas plus respecter les droits de l'homme", affirme Christophe de Margerie, en réponse à une question d'un lecteur du quotidien.
Dans deux rapports distincts, l'organisation non-gouvernementale EarthRights International (ERI) accuse Total et l'américain Chevron d'enrichir la junte birmane avec le projet gazier et pétrolier de Yadana, et de dissimuler les exactions commises par les forces de sécurité sur les populations locales. "Si notre départ changeait quoi que ce soit en Birmanie, on pourrait se poser la question. Mais franchement, je ne le pense pas", affirme le DG de Total.
4,83 milliards de dollars
Selon ERI, le projet gazier de Yadana en Birmanie a "généré 4,83 milliards de dollars pour le régime birman", une somme en majorité cachée selon elle dans des banques singapouriennes, l'Overseas Chinese Banking Corporation (OCBC) et le groupe DBS.
ERI ne demande pas aux deux sociétés de renoncer à la Birmanie, mais notamment de publier leurs versements au régime birman depuis 1992 et de rétablir la vérité sur les conditions de travail sur le site.
Total est présent en Birmanie depuis 1992 sur le champ gazier de Yadana, dont il possède 31,24%. Chevron détient pour sa part 28% des parts de ce champ, qui représente 60% du volume des exportations de gaz de la Birmanie vers la Thaïlande. Les deux groupes sont régulièrement cités dès lors que sont évoquées des sanctions contre la junte birmane, mais n'ont jamais été sommés par leurs gouvernements respectifs de quitter le pays.
"Le revenu de ce pipeline est ce qui permet au régime de survivre et constitue un point de levier essentiel que la communauté internationale devrait utiliser pour soutenir le peuple de Birmanie", estime Matthew Smith, coordinateur d'ERI pour la Birmanie.
Réponse de Total
Total a dénoncé jeudi un rapport "exclusivement à charge". Le document ne reconnaît "à aucun moment, les bénéfices de notre présence, notamment dans le domaine de l’éducation ou de la santé", a pointé Jean-François Lasalle, directeur des relations extérieures du groupe pétrolier.
De plus, dans son entretien avec les lecteurs du Parisien, le directeur général du 4e groupe pétrolier mondial explique "le règlement du problème birman ne passera pas par Total. C'est un problème politique qui dépasse largement l'entreprise".
M. de Margerie assure en outre que l'opposante birmane et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi n'a jamais demandé à Total de quitter le pays. "La mission de Total n'est pas de restaurer la démocratie dans le monde. Ce n'est pas notre métier", affirme-t-il.























Se réfère à