"Non, nein, no, à la vente d'Areva T&D". Cette cession n'est plus une nécessité pour Areva, entreprise publique contrôlée à 95% par l'Etat. Le groupe nucléaire a récemment réussi une série d'opérations financières qui le dispensent de vendre sa division la plus rentable, pour financer son plan stratégique, selon la version finale d'un rapport d'expert commandé par les élus du personnel d'Areva, que s'est procurée l'AFP. Ce rapport du cabinet Secafi Alpha avait été commandé par le comité de groupe européen d'Areva, organe de concertation entre les élus du personnel et la direction. Interrogée par l'AFP, cette dernière n'a pas souhaité faire de commentaire.

"Areva a réussi ses émissions obligataires et n'a plus aucune raison de vendre T&D", a déclaré mardi Maureen Kearney (CFDT), secrétaire du comité, au cours d'une conférence de presse dans les bureaux de l'Assemblée nationale. Les décisions du conseil de surveillance d'Areva du 30 juin "apportent l'essentiel des solutions de financement", du groupe nucléaire public souligne la synthèse du rapport d'expert.

Entre 500 millions et 1 milliard à trouver

"L'augmentation de capital de 15% devrait rapporter 2,6 milliards d'euros. L'arrivée d'actionnaires minoritaires ajoutera 2 milliards d'euros. Les cessions de titres (Eramet et STMicroelectronics) ont une dimension politique, et devraient prendre un peu de temps. Enfin, Areva a réalisé deux émissions obligataires de 2,25 milliards d'euros et 750 millions d'euros", a détaillé Bruno Blanchon, du comité de groupe européen d'Areva.

Le groupe nucléaire doit encore trouver entre 500 millions et 1 milliard d'euros, selon le syndicaliste. "La dernière mesure concernait la cession d'Areva T&D engagée fin août, mais c'est la seule" considérée "comme pouvant ne pas se réaliser car elle va très au-delà du besoin théorique d'un milliard d'euros puisque la branche est valorisée plus de 4 milliards d'euros", ajoute le texte.

Décision politique

"La seule explication derrière la décision de vendre T&D est politique", explique Bruno Blanchon. Les représentants du comité du groupe ont ainsi expliqué avoir été reçu à plusieurs reprises à l'Elysée, à Bercy, au Ministère du développement durable et à celui de la relance ainsi que par quelques députés, dont Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

Les représentants des salariés ont affirmé être en outre sur la même longueur d'onde que les représentants des salariés d'Alstom et de Schneider Electric, qui se sont unis pour faire un offre conjointe sur T&D, avec à la clef, la perspective d'un démantèlement de la filiale d'Areva si leur offre est retenue. Un rachat par Alstom/Schneider entraînerait au moins 3.000 suppressions d'emplois en France et poserait de sérieux problèmes sur le plan de la concurrence. "Les activités de transmission et de distribution ne peuvent fonctionner de manière indépendante", expliquent les représentants d'Areva. Contacté par E24, Schneider Electric n'a pas souhaité faire de commentaire.

Renforcer les concurrents

Au-delà du coût social d'une vente, céder T&D reviendrait à priver Areva d'une source de cash importante, bénéficiant d'un marché en pleine croissance, et à affaiblir le groupe nucléaire au profit de l'un de ses concurrents. General Electric et Toshiba sont les deux autres candidats à la reprise d'Areva T&D, et ce sont deux concurrents d'Areva dans le nucléaire.

Pour les représentants des salariés, "General Electric veut mettre en Bourse T&D, n'a pas de plan industriel et n'a pas pris d'engagement sur le plan social". Même traitement pour Toshiba, qui ne présente pas de synergies avec T&D et représente un risque de délocalisation d'activités vers l'Asie, qui reste son principal marché. Contacté par E24, GE n'était pas immédiatement disponible pour apporter un commentaire.

Financement plus durable

La synthèse du rapport d'expert préconise cependant un financement plus durable: "si la cession devait être abandonnée, il faudrait trouver le complément de financement dans une augmentation de capital complémentaire", écrit Secafi Alpha. "Il resterait à déterminer qui y participerait: l'actionnaire principal lui-même ou à nouveau des partenaires privés", ajoute la synthèse.

Le rapport d'expert doit par ailleurs insister sur les "gros inconvénients industriels" posés par une cession de T&D, "qui a 60% de clients communs avec Areva", a déclaré à l'AFP Mme Kearney. Dans un communiqué du 2 octobre, le comité de groupe européen avait déjà indiqué que Secafi Alpha soulignera ces inconvénients. Areva ne vendra pas T&D si les offres ne sont pas "assez attractives", avait averti à la mi-septembre sa présidente Anne Lauvergeon, auditionnée par les députés. T&D est valorisé entre 3 et 5 milliards d'euros, selon les estimations des analystes.

Le processus de cession de T&D est en fin de parcours. Les offres engageantes des candidats à la reprise doivent être remises le 9 novembre, pour une décision finale prise le 16 ou le 23. D'ici là, les salariés d'Areva T&D estiment que l'Elysée peut prendre une décision pour préserver l'intégrité d'Areva.