EDF se tire-t-il une balle dans le pied? A l'entrée de l'hiver, alors que les prévisions de consommation laissent entrevoir des problèmes d'approvisionnement en période de pointe, l'électricien ne semble pas vouloir promouvoir son tarif Tempo servant à lisser ces pics de consommation.

Cette offre à destination des particuliers comprend un prix du kilowatt/heure 5 fois supérieur au tarif normal en période de pointe. De quoi dissuader les clients à consommer lorsque les lignes à haute tension sont déjà surchargées et que les centrales électriques tournent à plein régime, durant les périodes de grand froid, par exemple.

320.000 clients

EDF peut faire jouer le tarif plein 20 jours par an et le tarif "moyen" 43 jours. En contrepartie de ces prix du kilowatt plus élevés en période de pointe, les clients Tempo profitent d'un kilowatt/heure moins cher pendant 200 jours par an. Près de 320.000 clients ont souscrit à l'offre sur un total de 25 millions, selon EDF. La solution "EJP", dont Tempo a pris le relais sans pour autant entrainer sa suppression, a vu pour sa part son nombre d'abonnés diminuer de 605.000 en 2007 à 566.000 en 2008.

Les associations de consommateur soulignent que l'électricien ne fait rien pour promouvoir Tempo. Fin 2008, elle n'apparaissait même plus sur son site internet. Elle a été depuis réintégrée en réponse aux protestations. Mais EDF ne l'a pas incluse à ses offres publiées sur le comparateur de prix de l'énergie mis en ligne récemment par le médiateur de l'énergie.

Hausse des tarifs

De plus, EDF n'a pas soigné ses clients Tempo lors de la dernière hausse des tarifs estivale. "Les prix du kilowatt/heure ont augmenté de 5% pour cette offre, contre une hausse globale des tarifs de 1,9%", relève Caroline Keller, spécialiste énergie et logement à l'UFC-Que Choisir. "Les tarifs en période bleue, les moins chers, sont ceux qui ont le plus augmenté".

En partie à cause de cette politique, les capacités d'effacement, c'est-à-dire pouvoir faire baisser artificiellement la consommation d'électricité en période de pointe pour sauvegarder le réseau, diminue constamment. Selon RTE, le gestionnaire du réseau, elle a été divisée par deux depuis 2000, passant de 6 à 3 gigawatts aujourd’hui. Le tarif heures creuses/heures pleines (11,2 millions de clients) n'a pas inversé la tendance.

Surconsommation

Comment expliquer ce manque évident de bonne volonté de la part d'EDF? "Bénéficiant d'un tarif avantageux en période creuse, les clients Tempo ont tendance à trop consommer 200 jours par an", explique Caroline Keller.

La désaffection des tarifs d'effacement est aussi survenue au même moment que la libéralisation du marché de l'électricité. Rien d'étonnant, d'après Hervé Lefebvre, chef du département marché et services d'efficacité énergétique à l'ADEME: "La libéralisation a entraîné la séparation des activités de production (les centrales, ndlr) et du transport de l'électricité (le réseau de lignes à haute tension notamment). Du coup, EDF ne s'est plus vraiment intéressé aux problèmes de surcharge des lignes électriques".

Compteurs intelligents

La lente disparition des tarifs d'effacement pour les particuliers devrait cependant être compensée, d'ici quelques années, par la mise en place des compteurs dits "intelligents". Pouvant être commandés à distance, ces boitiers permettront notamment à EDF et à ses concurrents de baisser le chauffage des clients en période de pointe. De quoi récupérer des capacités d'effacement.